Faut-il privilégier les systèmes de production laitiers qui font la part belle au pâturage ou au contraire limiter, voire interdire l’accès des vaches à l’extérieur ?

Faut-il privilégier les systèmes de production laitiers qui font la part belle au pâturage ou au contraire limiter, voire interdire l’accès des vaches à l’extérieur ? Si ces trois types d’élevage semblent avoir des avantages et des inconvénients, aucune étude scientifique probante n’a réellement cherché à trancher la question. Des chercheurs de la Queen’s University de Belfast ont passé en revue la littérature mondiale pour en tirer des arguments scientifiques en faveur de chaque système, en considérant les effets sur la composition et la qualité du lait, le score d’état corporel des vaches, la santé et le bien-être animal, la fertilité, les impacts environnementaux et la rentabilité.

 

En Irlande du Nord, les vaches laitières ont traditionnellement accès au pâturage en été. Mais ces dernières années, l’industrialisation des systèmes de production, qui valorise notamment la rentabilité, pousse les éleveurs à adopter des systèmes ou les vaches sont entièrement ou partiellement confinées dans les bâtiments. Ces systèmes de production de moins en moins traditionnels n’ont pas que des mérites. Cependant, les bénéfices de chaque système sont souvent débattus en l’absence de réelles preuves scientifiques. Dans l’espoir de faire avancer le débat, voire de statuer sur la question, des chercheurs de la Queen’s University ont pour la première fois récolté et comparé les résultats de près de 200 études scientifiques menées sur le sujet.

 

Selon les données scientifiques recueillies (qui sont encore peu nombreuses), il ressort clairement que les systèmes confinés versus avec pâturage ont chacun des avantages et des inconvénients. Les éleveurs qui gardent leurs vaches confinées produisent plus de lait, bien qu’il y ait peu d’effet sur la composition du lait. Dans l’ensemble, les animaux sont moins soumis aux intempéries et le bilan énergétique est amélioré, ce qui conduit à de meilleurs scores d’état corporel. En revanche, les vaches qui ont accès au pâturage vont produire un lait concentré en matières grasses plus saines. De manière générale, elles sont en meilleure santé (moins de boiteries et de mammites) avec une mortalité plus faible. Elles sont également plus fertiles. Le vêlage est facilité, elles présentent moins d’affections utérines (métrites et endométrites), leur activité ovarienne est boostée et les avortements en début de gestation sont moins nombreux. Les indices de bien-être sont également beaucoup plus élevés. Les vaches laitières ont une plus grande liberté d’exprimer des comportements sociaux. Lorsqu’elles ont le choix, 62 % choisissent de sortit pâturer plutôt que de rester à l’intérieur des bâtiments. L’impact environnemental de l’utilisation de pâturages est en outre plus faible, en grande partie grâce au fait que ce système fait moins appel aux aliments concentrés et aux engrais. D’un point de vue économique, les coûts de production et les risques financiers sont aussi plus faibles pour les systèmes traditionnels.

 

D’un point de vue global, la balance semble donc pencher en faveur des systèmes de production laitière qui offrent un accès à l’extérieur aux animaux, plus rentables par cent litres de lait, par vache et par hectare. Toutefois, la réalité du terrain montre que lorsqu’ils sont bien gérés, notamment avec un même niveau d’apport alimentaire de qualité, les deux systèmes de production peuvent être efficaces, durables et tout aussi rentables. En fin de compte, l’adoption par l’éleveur de tel ou tel système de production va bien au-delà de la seule question scientifique. Ce choix est influencé par des facteurs personnels, des préférences, des circonstances locales, les coûts des intrants, mais aussi par la politique agricole et la législation de chaque pays.

 

Depuis quelques années maintenant, l’ensemble de ces facteurs semble avoir favorisé l’essor des systèmes confinés, plus industrialisés et moins traditionnels. Mais les choses sont en train de changer. Les contraintes environnementales et écologiques se font de plus en plus fortes, notamment en lien avec le changement climatique. Les attentes et la perception des consommateurs pèsent également de plus en plus dans le débat. Selon une étude britannique, 95 % des consommateurs ne jugent pas acceptable de maintenir les vaches laitières à l’intérieur en permanence. Cela ouvre la porte à une production et à une commercialisation du lait plus naturelle et plus respectueuse du bien-être animal.

 

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