Utiliser le virus de la myxomatose du lapin pour sécuriser les greffes humaines de moelle osseuse

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Le virus du myxome, s’il se révèle souvent mortel pour le lapin, n’affecte guère l’homme lorsqu’il y est exposé. Or des chercheurs ont découvert, en utilisant un modèle de xénogreffe, que ce virus empêche la réaction du greffon contre l’hôte, tout en s’attaquant simultanément aux cellules cancéreuses. Cette double capacité devrait accroître les options pour les patients qui ne trouvent pas de donneurs totalement compatibles.

 

Lapin myxomatoseLe virus myxoma qui affecte les lagomorphes pourrait ainsi aider à rendre les allogreffes de cellules souches hématopoïétiques plus sûres chez l’homme. Ces greffes sont pratiquées pour traiter certaines hémopathies malignes, comme la leucémie ou le myélome multiple, mais le risque de réaction du greffon contre l’hôte est un obstacle majeur pour une application plus large de cette procédure. Idéalement, les stratégies pour améliorer ces allogreffes de moelle osseuse devraient impliquer la suppression des lymphocytes T qui conduisent au rejet, tout en épargnant ceux qui permettent la réaction anticancéreuse du greffon.

Dans leur étude*, les scientifiques ont constaté que le virus du myxome tue les cellules cancéreuses en laboratoire et empêche la réaction du greffon contre l’hôte, l’une des complications les plus redoutées dans le cadre des greffes de moelle osseuse. Les globules blancs nouvellement transplantés attaquent en effet l’organisme du receveur, provoquant un essoufflement, des douleurs abdominales et, dans les cas sévères, la mort.

La myxomatose, dont le virus circule chez les lapins européens et australiens, se traduit par la formation d’abcès cutanés et d’infections bactériennes qui entraînent souvent la mort des animaux en une dizaine de jours. À l’inverse, chez l’homme, l’infection par le virus du myxome reste bénigne. Les chercheurs ont testé le virus sur des cellules humaines en laboratoire, le fixant aux lymphocytes T avant leur utilisation dans le cadre d’une greffe de moelle osseuse. Une fois transplanté, le virus non seulement bloque la réaction du greffon contre l’hôte, mais s’attaque aux cellules cancéreuses présentes et les tue.

Ce processus bénéficiera en priorité aux personnes qui présentent un risque élevé de rejet de la greffe, notamment celles qui ont des difficultés à trouver des donneurs compatibles, par exemple les personnes âgées. En effet, lorsqu’un donneur de moelle osseuse ne présente qu’une correspondance partielle avec le receveur, le risque de maladie du greffon contre l’hôte peut atteindre 80 %.

Après le succès de l’essai mené en laboratoire sur les cellules humaines, l’équipe va désormais tester l’efficacité de sa découverte sur un modèle murin, avant de pouvoir procéder à un essai clinique complet, sans doute pas avant l’année prochaine. Un virus de qualité clinique devra être développé, et des tests de sécurité menés. Et dans un avenir proche, les chercheurs espèrent que leur processus, efficace et qui ne modifie pas les cellules souches normales, trouvera une application plus large pour traiter d’autres formes de cancer chez l’homme.

 

* http://www.bloodjournal.org/content/early/2015/04/22/blood-2014-07-587329

 

 

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