Espèces menacées : la France stoppe l’importation de trophées de chasse de lions

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En trois ans, de 2010 à 2013, plus de 130 trophées de lion (Panthera leo) issus de la chasse (têtes, pattes et peaux) ont été importés dans l’Hexagone, loin devant les autres pays d’Europe. Désormais, les services du ministère de l’Écologie ne délivreront plus de permis d’importation pour ces trophées. Ségolène Royal l’a annoncé à la Fondation Brigitte Bardot dans un courrier daté du 12 novembre. Des contrôles plus stricts devraient en outre être appliqués pour les trophées des autres espèces animales concernées par ce commerce macabre et juteux, en lien avec les pays d’origine et Bruxelles.

 

trophee de chasse lionDepuis février 2015, les importations de trophées de chasse de six espèces en voie de disparition* sont interdites dans l’Union européenne en provenance de certains pays d’Afrique de l’Ouest, comme le Burkina Faso, le Bénin et le Cameroun, à la suite d’un « avis négatif » émis par le Groupe scientifique de l’UE sur le commerce des espèces sauvages. Les autres pays (la Tanzanie, la Zambie, le Mozambique, etc.) sont soumis à la délivrance d’un permis d’importation censé prouver que la chasse au trophée sur leur territoire est durable et favorise la conservation de l’espèce concernée. À l’époque, l’eurodéputée Catherine Bearder a activement contribué à convaincre l’Union qu’une réglementation beaucoup plus stricte était nécessaire, épaulée notamment par l’association britannique LionAid.

La décision de Ségolène Royal de ne plus délivrer ces permis d’importation revient à fermer les frontières françaises aux trophées de lion. La France est ainsi le premier État membre de l’Union à mettre en œuvre cette interdiction. Jusqu’à présent, seule l’Australie, en mars dernier, a interdit l’importation et l’exportation de tels trophées.

Dans un courrier adressé à la Fondation Brigitte Bardot, la ministre de l’Écologie précise qu’outre le lion, son autre priorité est l’éléphant et la lutte contre le trafic d’ivoire. En début d’année, elle a déjà suspendu la délivrance de certificats de réexportation d’ivoire brut par la France, tout en alertant l’Union avec six autres ministres de l’Environnement pour que l’exemple français soit suivi au plan européen. Dorénavant, Ségolène Royal souhaite encadrer plus strictement la commercialisation de l’ivoire sur le sol français.

Le 29 octobre, Brigitte Bardot avait demandé à la ministre de réagir « devant le scandale de ces assassinats payants d’animaux en voie de disparition » et de prendre position pour dénoncer les chasses aux trophées, comme celle où « le lion Cécil a été lâchement assassiné pour la somme de 50 000 $ », ou encore « lorsque cet éléphant somptueux du Zimbabwe a été abattu par un Allemand pour la somme de 50 000 €. Il y a urgence, ne nous décevez pas ». C’est donc chose faite aujourd’hui, et la France renforce son crédit auprès de ses partenaires européens susceptibles à leur tour d’interdire l’entrée sur leur territoire des trophées de chasse. La Fondation Brigitte Bardot a en outre pu faire état de la réponse ministérielle française devant les eurodéputés et les représentants des associations de protection animale présents, le 17 novembre au Parlement européen, lors de la projection du documentaire Blood Lions** qui dénonce l’élevage intensif de lions en Afrique du Sud pour alimenter le business très rentable de la chasse aux trophées. Dans ce pays, plus de 800 lions d’élevage, sur les quelque 8 000 élevés en captivité, ont été abattus l’an passé pour le plaisir de riches touristes.

LionAid, tout comme Catherine Bearder, appellent le Royaume-Uni à emboîter le pas de la France. Reste à espérer que l’interdiction française créera un effet domino au sein de l’Union et que bientôt d’autres États membres diront non aux trophées de lion. Car le temps presse. Le mois dernier, les auteurs d’une étude*** ont averti que les populations de lions d’Afrique centrale, de l’Ouest et de l’Est devraient diminuer de moitié au cours des vingt prochaines années. La disparition rapide de ces grands fauves est due à une dégradation majeure des écosystèmes africains, où l’espèce ne peut plus jouer son rôle central de prédateur, ainsi qu’à la chasse et au braconnage.

 

* Lion et éléphant d’Afrique, ours polaire, rhinocéros blanc, hippopotame et mouton argali.

** http://www.bloodlions.org/

*** http://www.pnas.org/content/early/2015/10/21/1500664112

 Pour aller plus loin :

Les trophées de chasse de six espèces menacées sont interdits d’importation en Europe
Trafic d’espèces sauvages : un futur plan d’action européen est mis en route par Bruxelles

 

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