Résidus de médicaments : une conférence internationale et un plan national pour lutter contre les micropolluants

Attendu en juin, le second “plan national micropolluants” a été officiellement lancé le 8 septembre. Ségolène Royal, la ministre de l’Environnement, l’a annoncé en ouverture de la première conférence internationale sur les risques liés aux résidus de médicaments dans l’environnement, organisée à Paris par l’Académie nationale de pharmacie. Sur la période 2016-2021, ce plan stratégique vise à réduire les émissions de polluants dans l’eau et à préserver la qualité des milieux aquatiques et la biodiversité. Son objectif est triple : réduire les émissions à la source, consolider les connaissances pour adapter la lutte, lister et hiérarchiser les molécules sur lesquelles agir.   Médicaments, métaux lourds, PCB, hormones, etc. : les substances susceptibles d’avoir une action toxique dans les milieux naturels, même à très faible concentration, sont légion. En outre, le coût de la pollution des eaux par les micropolluants est élevé : par exemple, pour éliminer 1 kg de pesticides dans l’eau en vue de produire de l’eau potable, il faut compter entre 60 000 et 200 000 €. Selon la Cour des comptes, le coût du traitement curatif du mètre cube d’eau est par ailleurs 2,5 fois plus important que celui du traitement préventif. Face à ces constats, les ministères de l’Écologie, de la Santé et de l’Agriculture ont décidé de développer, d’ici à 2021, des actions tournées vers la réduction à la source des micropolluants. Depuis six à huit ans, trois plans d’action contre la pollution des milieux aquatiques par ces micropolluants ont été engagés en France. Arrivés à leur terme, le nouveau “plan micropolluants pour préserver la qualité des eaux et la biodiversité” prend donc aujourd’hui la relève. Construit sur le bilan des plans précédents, il s’articule autour de 3 objectifs (réduire, connaître, prioriser), 14 leviers et 39 actions (voir plus bas). Actuellement, si la diffusion de résidus de médicaments dans l’eau est avérée, l’éventail des molécules présentes, le niveau d’exposition et les effets sur la faune, la flore et la santé humaine demeurent largement méconnus. Les effets des mélanges avec les autres polluants, notamment, ne sont pas évalués. Côté antibiorésistance, les connaissances font aussi défaut sur les nombreux mécanismes d’acquisition de la résistance par les bactéries présentes dans les eaux usées urbaines ou hospitalières. Les résidus proviennent des industries pharmaceutiques, des médicaments et produits de diagnostic jetés avec les déchets ménagers, des eaux usées urbaines ou hospitalières, mais aussi des élevages industriels et des boues d’épandage. Si les impacts sur la faune sauvage et l’environnement sont préoccupants (prolifération de bactéries résistantes aux antibiotiques dans certains cours d’eau, reproduction perturbée des poissons due aux résidus de perturbateurs endocriniens, etc.), les concentrations retrouvées dans l’eau potable, dans les pays développés tout du moins, sont heureusement beaucoup plus faibles. Pour l’alimentation, les incertitudes demeurent, là encore par manque de données. Lors de la conférence internationale des 8 et 9 septembre, les quelque 250 experts réunis à Paris ont abordé les enjeux de la recherche sur la problématique de ces résidus médicamenteux dans l’environnement et ont fait le point sur les connaissances acquises depuis dix ans. Dans son discours d’ouverture, Ségolène Royal a souligné l’importance du partage de données pour mieux connaître les risques et le degré d’exposition aux résidus de médicaments humains et vétérinaires dans les eaux : « Aucune base de données fiable n’existe à ce jour sur les propriétés physico-chimiques, toxicologiques et écotoxicologiques des médicaments. Une centralisation de ces données permettrait de prioriser de manière plus efficace les molécules quant à leur risque de se retrouver dans les eaux ou à dépasser des seuils. » La ministre a également annoncé, en préambule au second plan de lutte, avoir saisi l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) afin « d’objectiver les connaissances relatives aux mécanismes qui participent au développement de l’antibiorésistance dans l’environnement et de définir de nouvelles actions de réduction du risque pour ce qui concerne l’interface entre médecine humaine, vétérinaire et environnement ». En outre, son ministère financera « une revue systématique destinée à faire un état des lieux de la connaissance sur la contamination des milieux en antibiotiques, biocides et bactéries résistantes ». En matière de réduction ou de suppression des émissions, un des leviers identifiés est d’agir sur les autorisations de mise sur le marché (AMM) des médicaments, qui intègrent désormais de nouvelles procédures imposant la mesure de l’écotoxicité. La surveillance des molécules émergentes, des substances pertinentes, des polluants spécifiques de l’état écologique et des substances dangereuses permettra de fournir des éléments avant d’accorder ou de réviser une AMM. Un comité de pilotage du nouveau plan micropolluants se réunira au moins une fois par an pour faire un état d’avancement des actions. Il sera présidé par les ministères de l’Écologie, de la Santé et de l’Agriculture. En outre, les actions sur les résidus de médicaments pourront être complétées à la suite de l’élaboration d’une stratégie par la Commission européenne pour lutter contre cette pollution des eaux.   * http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/Plan_micropolluants_2016-_2021.pdf   Table of Contents Un plan en 3 objectifs et 39 actions> Objectif 1 : réduire dès maintenant les émissions de micropolluants présents dans les eaux et les milieux aquatiques dont la pertinence est connue> Objectif 2 : consolider les connaissances pour adapter la lutte contre la pollution des eaux et préserver la biodiversité > Objectif 3 : dresser des listes de polluants sur lesquels agir Un plan en 3 objectifs et 39 actions > Objectif 1 : réduire dès maintenant les émissions de micropolluants présents dans les eaux et les milieux aquatiques dont la pertinence est connue – action 1 : rédiger un guide opérationnel du raccordement non domestique pour les collectivités. – action 2 : mettre en œuvre les recommandations du guide relatif à la bonne gestion des déchets issus de médicaments et des déchets liquides dans les établissements de santé et médico-sociaux. – action 3 : suivre le plan de décontamination des appareils contenant des PCB d’une teneur entre 50 et 500 ppm et conduire une surveillance environnementale des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) qui traitent les PCB. – action 4 : renforcer la surveillance des rejets … Lire la suite de Résidus de médicaments : une conférence internationale et un plan national pour lutter contre les micropolluants