Rage : un candidat-vaccin oral testé avec succès chez un canidé sauvage en voie de disparition

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La rage continue de sévir dans le monde, faisant entre 60 000 et 70 000 victimes chaque année, en majorité des enfants. Or plus de 95 % des cas humains de rage sont dus à des morsures de chiens infectés. L’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) rappelle régulièrement qu’il est possible de contrôler et d’éradiquer cette maladie virale mortelle en la combattant à sa source animale, via la vaccination d’une majorité de canidés. Les premiers tests sur le terrain d’un candidat-vaccin, appelé SAG2, ont obtenu des résultats prometteurs. Publiés dans Vaccine, ces essais ont été menés chez le loup d’Éthiopie (Canis simensis), un canidé parmi les plus rares au monde et le carnivore le plus menacé d’Afrique.

 

Canis simensis Bale_Mountains_National_Park rage loup ethiopieLe virus rabique est principalement actif en Asie et en Afrique. Il est particulièrement répandu sur les hauts plateaux d’Éthiopie, où la maladie se propage constamment entre les carnivores sauvages et domestiques. Ces régions du monde sont également celles où la rage canine est la moins contrôlée.

La vaccination orale de populations sauvages de renards roux et de ratons laveurs a déjà montré son efficacité pour lutter contre la rage en Europe et en Amérique du Nord. Elle a en effet permis de faire reculer sensiblement le territoire gagné par la maladie. Mais c’est la première fois que des essais vaccinaux sont entrepris sur les populations sauvages d’une espèce de carnivore en voie de disparition. Le loup d’Éthiopie, comme le lycaon, est en effet menacé d’extinction, essentiellement en raison des épidémies de maladies infectieuses dont il est victime.

L’étude du candidat-vaccin a été menée par l’université d’Oxford, l’Ethiopian Wildlife Conservation Authority et l’Animal and Plant Health Agency chez les loups du parc national du mont Balé, en Éthiopie. Plusieurs types d’appâts et modes de délivrance du vaccin SAG2 ont été expérimentés au sein de trois meutes. Sur les 21 loups d’Éthiopie capturés après la vaccination antirabique, 14 étaient positifs pour un biomarqueur indiquant que les animaux avaient bien ingéré l’appât. Chez la moitié d’entre eux, les titres d’anticorps dans le sang étaient au-dessus du seuil de référence, et 86 % affichaient des niveaux jugés suffisants pour les immuniser contre la maladie. Les loups ont été étroitement surveillés, et tous sauf un parmi les vaccinés étaient encore vivants 14 mois plus tard, une durée bien plus élevée que la survie moyenne observée chez cette espèce.

La population de loups éthiopiens compte moins de 500 adultes, répartis sur une demi-douzaine de zones montagneuses, et pas d’effectifs captifs. Cela en fait des animaux beaucoup plus rares que les emblématiques pandas géants ou gorilles des montagnes. Ils doivent en outre faire face à la double pression d’une présence humaine en progression et d’un nombre de chiens de berger ou errants en augmentation sur leur territoire. Cette proximité nécessite donc d’agir rapidement, tant pour sauver cette espèce que pour des raisons sanitaires.

Malgré un investissement de plus de 30 000 $ par an pour vacciner contre la rage des milliers de chiens domestiques, le virus a continué à décimer les populations de loups dans la région du mont Balé. Depuis 1990, quatre épidémies de rage se sont succédé, tuant entre 50 et 75 % de la population lupine de la zone. En outre, le mode de vie social du loup n’aide pas à limiter la propagation du virus rabique.

Dans ce contexte épidémique, la meilleure solution pour protéger le loup d’Éthiopie et, plus généralement, pour contrôler la rage chez les autres canidés sauvages en danger, est sans doute d’intensifier les campagnes de vaccination orale. Les résultats préliminaires obtenus à l’aide du vaccin testé, couplé à un appât adapté et à un mode de délivrance qui a montré son efficacité, sont encourageants. Le suivi est désormais assuré par des équipes formées et présentes sur le terrain.

En Europe, la lutte contre la rage se poursuit également. Dans certaines régions de l’Union, la maladie demeure sous-déclarée et le taux de létalité avoisine 100 %, tant chez l’homme que chez l’animal. Tant qu’elle n’est pas totalement éradiquée, le risque persiste. La rage peut en effet toujours gagner l’Europe par les pays frontaliers, où les contrôles sont moins stricts, ou via les animaux sauvages tels que les renards ou les chauves-souris.

La prochaine journée mondiale contre la rage aura lieu le 28 septembre prochain, ce sera sa 10e édition.

 

 

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