OIE : Bernard Vallat passe le flambeau à Monique Eloit

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Depuis le 24 mai se tient à Paris la 83e session générale de l’assemblée mondiale des délégués de l’OIE. À cette occasion, Bernard Vallat, directeur général depuis l’an 2000, a félicité son successeur au 1er janvier 2016, sa consœur Monique Eloit, élue ce matin par les États membres.

 

C’est donc le 1er janvier prochain que Monique Eloit prendra ses fonctions à la tête de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) pour une durée de cinq ans. Elle devient ainsi le septième directeur de l’OIE et la première femme. Avant elle se sont succédé le Pr Emmanuel Leclainche (1927-1949), le Pr Gaston Ramon (1949-1959), le Dr René Vittoz (1959-1980), le Dr Louis Blajan, (1980-1990), le Dr Jean Blancou (1990-2000) et le Dr Bernard Vallat (2000-2015).

 

Vers un sixième plan stratégique

Dès son élection, Monique Eloit a tenu à souligner ses priorités : « Je m’attacherai à accroître la visibilité et les performances de l’OIE, d’une part en renforçant, avec l’implication des délégués, la maîtrise des maladies animales, y compris les zoonoses, d’autre part en développant de nouveaux partenariats et collaborations dans les domaines de la santé publique et de la sécurité sanitaire des aliments. J’accorderai un niveau élevé de priorité à l’amélioration du statut sanitaire des élevages, tant pour protéger la santé que pour soutenir le développement socio-économique du secteur de l’élevage. »

Il faut dire qu’elle connaît bien l’organisation et son fonctionnement, puisqu’elle était jusqu’à présent directrice générale adjointe, et a réformé plusieurs process administratifs et financiers. Mais son élection arrive en même temps que la fin du cinquième plan stratégique. Le principe est de maintenir et développer ce qui a fonctionné dans le plan précédent, tout en y ajoutant de nouveaux chantiers.

Lors du cinquième plan, plusieurs axes avaient été retenus :

  • la contribution de la santé animale et de la santé publique vétérinaire à la sécurité alimentaire, par le biais du recul des maladies chez les animaux qui sont sources de produits alimentaires et chez les abeilles, pollinisateurs habituels des cultures alimentaires ;
  • l’application du concept One Health” pour la réduction des risques de maladies infectieuses, à l’interface entre les écosystèmes animaux et humains ;
  • l’intensification des travaux sur la santé des animaux aquatiques ;
  • la relation entre les productions animales et l’environnement ;
  • la poursuite de l’engagement en faveur du renforcement des capacités techniques, de la gestion, de la législation et de la bonne gouvernance des services vétérinaires des pays membres par le biais du fonds mondial de l’OIE pour la santé et le bien-être des animaux et en collaboration avec des partenaires à vocation mondiale, ainsi que des donateurs mondiaux, régionaux ou nationaux ;
  • l’amélioration et l’harmonisation de la législation vétérinaire à l’échelle mondiale, ainsi que la mise en valeur de la formation vétérinaire initiale et continue.

Le sixième plan stratégique devrait être validé très rapidement.

 

Un parcours légitime

Vallat_EloitMonique Eloit s’inscrit dans la grande tradition de la maison, vétérinaire et française. Diplômée de l’ENV d’Alfort, elle devient rapidement vétérinaire inspecteur. Elle prend notamment la responsabilité de la vaccination orale des renards contre la rage en 1992, une initiative à l’origine de l’éradication de la maladie en France.

Par la suite, elle participe à la création de l’Agence nationale du médicament vétérinaire (ANMV) tandis qu’elle travaille au sein de la Direction générale de l’alimentation (DGAL). Pendant six ans, elle préside le comité permanent de la Convention européenne pour la protection des animaux détenus à des fins d’élevage.

Directrice de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), elle se spécialise en bioterrorisme en tant que représentante au comité de l’Agence européenne de sécurité des aliments (Aesa).

En 2005, elle est nommée adjointe au directeur général de l’alimentation, chef des services vétérinaires français (CVO) et intègre l’OIE en tant que déléguée. Elle en devient la directrice générale adjointe en 2009, en charge des affaires administratives, financières, des ressources humaines et des actions régionales. Des fonctions qui lui permettent de bien connaître l’organisation.

 

Bernard Vallat, un parcours hors norme

S’il est arrivé après la crise de l’ESB, il n’en demeure pas moins que durant ces quinze dernières années, Bernard Vallat aura dû faire face à nombre de crises sanitaires dans le monde, et pas des moindres, comme la fièvre aphteuse ou l’influenza.

Mais s’il fallait retenir deux actions majeures de ses trois mandats, ce serait incontestablement le rayonnement qu’il a donné à l’OIE ces dernières années, dans le monde entier, et la notion de “One Health” (signature tripartite avec la FAO et l’OMS) qu’il aura su véhiculer sur les cinq continents en rappelant le rôle primordial des services vétérinaires et l’importance d’un niveau de connaissances nécessaires localement pour avoir une approche globale des épidémies.

L’aboutissement de son engagement dans “Une seule santé” est illustré par la récente journée de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dédiée à ce concept, et par la présence à Paris de sa directrice, Margaret Chan, pour l’inauguration de cet événement. Le rapprochement entre l’OIE et le Codex alimentarius en est une preuve supplémentaire.

De même, plusieurs initiatives ont été prises sous les mandats de Bernard Vallat en faveur de services vétérinaires d’excellence (processus PVS, performance des services vétérinaires), de l’harmonisation des contenus de l’enseignement vétérinaire, de l’instauration des statutory bodies (équivalents de l’Ordre des vétérinaires).

Durant quinze ans, la position qu’il donne à l’OIE lui permet de fréquenter les plus grands, comme Barack Obama, ou les plus riches, comme Bill Gates, pour créer notamment le Fonds mondial pour la santé et le bien-être animal et mettre en place de multiples partenariats avec le secteur privé.

En outre, il est à l’origine de la création en 2007 d’un outil destiné à la diffusion des données sanitaires, le système mondial d’information sanitaire Wahis, qui se renforce chaque année davantage.

 

Voir notre interview de Bernard Vallat en 2012 : cliquez ici.

 

Une lignée vétérinaire française

Le Pr Emmanuel Leclainche avait été auparavant vétérinaire microbiologiste, professeur à l’École nationale vétérinaire de Toulouse, avant de mette à profit sa notoriété pour fonder l’OIE, alors Office international des épizooties. C’est lui également qui sera à l’origine du doctorat vétérinaire, en 1923, puis du monopole de l’exercice vétérinaire, en 1938. Ses sérums antigangréneux auront été largement utilisés pendant la Première Guerre mondiale.

Son successeur, Gaston Ramon, diplômé d’Alfort, est rapidement réputé pour ses travaux sur la diphtérie et les antitoxines. Vétérinaire également, René Vittoz est l’un des premiers vétérinaires à s’intéresser aux facteurs climatiques dans l’évolution des épizooties.

S’ensuit un nouveau profil des futurs directeurs, avec moins de renommée scientifique, mais issus de l’administration du ministère de l’Agriculture, les inspecteurs des services vétérinaires. Ils sont convaincus de la nécessité d’une lutte collective contre les maladies animales.

Jean Blancou, diplômé de l’ENVT, est sensible à la médecine tropicale ; son père était un spécialiste de la faune sauvage africaine. Après un parcours riche en expériences en Afrique, il se penche sur la rage, ce qui le ramène en France, à Nancy, au Centre de recherches sur la maladie. Il dirige le département santé et protection animales du Centre national d’études vétérinaires et animales (Cneva) d’Alfort lorsqu’il est appelé à la tête de l’OIE. Il transmettra le flambeau à Bernard Vallat en mai 2000.

 

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