Médicament vétérinaire : « Les relations avec l’industrie pharmaceutique doivent évoluer »

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Juste avant le week end du 21 mai, une dépêche AFP relate que l’Ordre des vétérinaires admet un conflit d’intérêt dans la délivrance du médicament et demande la création d’un prix unique des antibiotiques. Son président, Michel Baussier, tient à nuancer ses propos. Il répond à nos questions.

 

Dans cette dépêche, est mentionnée votre volonté d’instaurer un prix unique à certains classes de médicaments comme les antibiotiques afin de clarifier les relations entre praticiens et industrie pharmaceutique. Ces relations sont-elles biaisées ?

Je suis déterminé à ce que le système commercial du médicament change pour davantage de transparence entre les laboratoires et les prescripteurs que sont les vétérinaires. Il faut notamment combattre fermement ces contrats basés sur des objectifs de vente qui pourraient avoir pour effet de pousser toujours plus certains confrères à prescrire, mais également délivrer, des médicaments pour des raisons d’abord économiques. L’instauration d’un prix unique semble inenvisageable selon la DGCCRF, mais les réflexions menées dans le cadre du Comité national de lutte contre l’antibiorésistance amènent à réfléchir à encadrer leur prix. C’est une piste sérieusement envisagée par l’administration. Les antibiotiques sont un « bien public mondial », ce qui permettrait d’en réguler les échanges.

 

le conflit d’intérêt, c’est la base même de l’ensemble des professions réglementées. Le fait même d’être réglementées permet de gérer cela.

 

Il a été évoqué dans cette dépêche, un conflit d’intérêt de la part du vétérinaire, par l’existence même du couple prescription-délivrance du médicament vétérinaire. Faut-il mettre un terme à cette double posture du vétérinaire ?

Il faut démystifier cette relation entre le praticien et le médicament vétérinaire : le conflit d’intérêt, c’est la base même de l’ensemble des professions réglementées. Le fait même d’être réglementées permet de gérer cela. Dans le cas des vétérinaires, le conflit d’intérêt est quotidien, notamment dans le cadre des missions liées au mandat sanitaire, par exemple dans le cas de la rédaction d’un certificat d’abattage d’urgence d’un bovin. Les pharmaciens eux-mêmes doivent gérer les conflits d’intérêts, d’autant plus depuis la promulgation de la loi « hôpital, patients, santé, et territoires » leur conférant davantage de prescription sur plusieurs classes de médicaments.
Mais chez les vétérinaires, le conflit d’intérêt n’est qu’apparent pour plusieurs raisons :

  • La délivrance du médicament vétérinaire se fait dans la continuité de l’acte lui-même. C’est l’ensemble de la chaine « diagnostic-thérapie-prescription-délivrance » qui aboutit en fin de compte à une amélioration de l’état de santé de l’animal. Le propriétaire de l’animal juge donc les compétences du praticien sur le résultat de tous ces éléments.
  • Une restriction économique impose au praticien de limiter le recours au médicament. Le panier maximal d’un propriétaire d’animal n’est pas extensible. Augmenter le volume de médicaments vendus, c’est diminuer le poids d’un acte fondateur même de l’expertise vétérinaire et de sa légitimité économique. Mes confrères ne seraient-ils donc pas vendre leurs actes ?
  • Chez les médecins, la prescription a été séparée de la délivrance car il existe un tiers payeur, la Sécu, qui déresponsabilise au plan économique le médecin prescripteur et le patient consommateur. Le prix ne rentre donc pas dans la stratégie thérapeutique. A contrario, le vétérinaire doit justifier sa prescription tant sur un plan scientifique qu’économique.
  • Enfin, l’Ordre des vétérinaires peut exiger, lors d’une présomption d’abus, de justifier du contenu de la prescription. C’est le Code rural qui lui donne cette mission de contrôle.

 

Malgré cela, plusieurs voix demandent la fin de la délivrance chez le vétérinaire

Le rêve du vétérinaire serait de ne vivre que de l’acte. En outre, la gestion du médicament est très lourde réglementairement et pénalement. A terme, la rémunération du praticien dépendra de moins en moins du médicament. Mais cela ne remet pas en question sa capacité à délivrer. Je ne crois pas à la disparition du guichet unique de l’acte et de la délivrance, à la clinique, voire même directement à domicile.
Certes, le maillage des pharmaciens est plus riche que celui des vétérinaires, mais les officines doivent faire face à des indisponibilités de médicaments vétérinaires et une absence de compétence dans l’information sur le produit, ce qu’exige aujourd’hui, le grand-public.

 

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