Les réservoirs de la rage : retour sur le cas du chat contaminé

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Le 7 Mai, l’Institut Pasteur confirmait un cas de rage chez un chat transmis par une chauve-souris. Un évènement rare mais qui persiste alors que la rage vulpine est éradiquée en France depuis 1924. Retour sur les différents réservoirs de ce virus mortel.

En France métropolitaine, le dernier cas de rage humaine d’origine autochtone date de 1924 néanmoins, il persiste un risque de rage. Il arrive que de rares cas surviennent les chauves-souris et les animaux qu’elles contaminent.

 

Un chat contaminé par une chauve-souris

Le 7 Mai, l’Institut Pasteur confirmait un cas de rage chez un chat transmis par une chauve-souris. Un évènement rare mais qui persiste alors que la rage vulpine est éradiquée en France depuis 1924. Retour sur les différents réservoirs de ce virus mortel.Le 7 Mai 2020, l’institut Pasteur confirmait un cas de rage en Côte-d’Or chez un chat. Ce chat domestique avait présenté une modification brutale de son comportement avec une agressivité inhabituelle et des troubles nerveux, et avait été euthanasié. Des techniques d’immunofluorescence directe et d’isolement viral sur culture cellulaire sur un prélèvement d’encéphale de l’animale indiquent une infection rabique.

Le typage moléculaire du virus montre bien qu’il s’agit d’un lyssavirus appartenant à l’espèce European bat 1 lyssavirus (EBLV-1) de sous-type b et confirme que le chat a été contaminé par une chauve-souris.

Appartenant au cluster B1, le virus rassemble particulièrement à des souches virales circulant préférentiellement dans l’Est de la France, partageant près de 99,8 % d’homologie (séquence nucléotidique complète) avec un isolat prélevé en 2008 chez une sérotine commune provenant d’Aillant-sur-Tholon (89).

Il s’agit du troisième cas de chat infecté par un lyssavirus de type EBLV-1 en France. Alors que d’autres occurrences chez divers animaux sont observées en Europe, il est important de rappeler que la transmission reste rare entre espèce et qu’aucun cas chez l’humain n’a été rapporté.

En effet, les virus rabiques sont généralement pas ou peu pathogènes pour l’humain et les carnivores domestiques. Mais il existe de nombreux réservoirs qui peuvent représenter une menace plus ou moins importante pour l’humain.

 

Les réservoirs de la rage

Le 7 Mai, l’Institut Pasteur confirmait un cas de rage chez un chat transmis par une chauve-souris. Un évènement rare mais qui persiste alors que la rage vulpine est éradiquée en France depuis 1924. Retour sur les différents réservoirs de ce virus mortel. Le virus zoonotique de la rage infecte tous les animaux à « sang chaud », mais selon la température corporelle des mammifères, leur sensibilité à la rage varie.

Pour rappel, le virus de la rage est un virus à ARN de la famille des Rhabdoviridae caractérisée par une grande diversité d’agents qui infectent aussi bien les espèces animales que végétales.

Au sein de cette famille, les virus qui induisent la rage appartiennent tous au genre Lyssavirus avec sept génotypes connus. Le génotype 1 comprend toutes les souches de virus rabique (rage sauvage, des rues, des chauves-souris en Amérique, les souches vaccinales de rage). Les autres génotypes sont considérés comme virus apparentés à la rage, dont les génotypes 5 et 6 (European Bat Lyssavirus – EBL 1 et 2) sont responsables de la rage des chauves-souris en Europe également transmissible à l’homme.

D’un point de vue épidémiologique, on distingue plusieurs types de rage selon les espèces réservoirs :

  • Rage vulpine (du renard roux) d’Europe et d’Amérique du nord transmissible aux mammifères domestiques et sauvages carnivores et herbivores.
  • Rage canine dite des « rues » en Afrique, en Asie du sud-est, en Amérique latine. Transmise par les chiens, l’OMS estime que la rage des rues est responsable de plus de 99 % des cas de rage humaine et d’au moins 50.000 décès chaque année.
  • Rage des chauves-souris : Les virus du génotype 1 (virus de la rage classique à partir duquel se prépare le vaccin) ne sont retrouvés que chez les chiroptères du continent américain. Les virus de génotypes 2 et 4 sont retrouvés chez les chiroptères africains et le génotype 7 en Australie. En Europe, les génotypes 5 et 6 sont les seuls retrouvés chez les chauves-souris autochtones. L’espèce qui semble la plus touchée parmi les 33 espèces est la sérotine commune.

Si la rage vulpine est en cours d’élimination en Europe de l’Ouest grâce à la vaccination orale planifiée des renards, en France, la rage chez les chauves-souris est répandue sur tout le territoire. Entre 1 et 10 cas sont confirmés chaque année alors que le dernier cas de rage vulpine d’origine autochtone a été diagnostiqué chez un chat en Moselle en 1998.

Le virus des chiroptères peut franchir la barrière d’espèce et infecter des mammifères terrestres non volants (en particulier pour l’espèce RABV), mais ce passage n’est en général pas suivi d’une adaptation à ce nouvel hôte et aboutit à une impasse écologique.

En Europe, de rares cas de transmission de virus EBLV-1 ont été observés chez des mammifères non volants, sans aboutir à un nouveau cycle épidémiologique. Les deux seuls cas précédemment rapportés en France concernaient des chats, dont l’un est décédé en Vendée en 2007.

 

La rage chez la chauve-souris représente donc un risque faible pour l’humain. Mais la vigilance est de mise. La surveillance continue des réservoirs différents de la maladie reste essentielle pour tenir la maladie à distance. Le contrôle de la rage animale reste l’objectif à atteindre pour espérer réduire le nombre de décès dus à la rage humaine. Les secteurs médical, vétérinaire, éducatif ou environnemental doivent travailler ensemble pour maintenir une lutte efficace et pérenne.

 

 

 

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