Les chiens, une source d’antibiorésistance ?

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L’apparition et la propagation de souches bactériennes multirésistantes aux antibiotiques est un problème de santé majeur pour les populations humaines comme animales. Des questions se posent sur la pertinence des soins pour les animaux de compagnie notamment dans la transmission d’antibiorésistance à l’humain.

 

Des questions se posent sur la pertinence des soins pour les animaux de compagnie notamment dans la transmission d’antibiorésistance à l’humainSi les antibiotiques sont aujourd’hui, l’arme de premier choix contre toutes sortes de bactéries, leur utilité est menacée. Ce traitement révolutionnaire qui permet chaque année de sauver des millions de personnes, semble avoir trouvé un adversaire de taille. Au cours des dernières décennies, les bactéries ont développé des mécanismes divers d’adaptation leur permettant de résister à la présence d’antibiotiques.

Et ces pathogènes devenus résistants à un ou plusieurs antibiotiques se propagent sur tous les continents et chez tous les animaux. Véritable urgence de santé mondiale, l’antibiorésistance menace de rendre à nouveau létales des maladies, qui aujourd’hui, semblent simple à traiter. Il devient donc urgent d’identifier et limiter les facteurs favorisant l’apparition et diffusion de l’antibiorésistance.

Si l’agriculture est souvent pointée du doigt dans la guerre contre l’antibiorésistance, c’est que l’utilisation d’antibiotique de manière non spécifique chez les animaux d’élevage (essentiellement hors de l’Union européenne) favorise les situations qui permettent aux bactéries de développer des outils de résistance. La consommation de viande de ce type porte un risque pour l’homme, mais pas que. Une nouvelle étude montre que les aliments crus dits « raw » pour les chiens seraient une source de bactéries multirésistantes.

Les régimes pour chiens à base d’aliments crus ont récemment gagné en popularité en tant que choix plus sain. Cependant, certains scientifiques mettent en garde, et avertissent quant à leur rôle de vecteurs de transmission de bactéries résistantes aux antibiotiques. En effet, les aliments pour chiens crus contiennent des niveaux élevés de bactéries entérocoques – des pathogènes opportunistes du microbiote interne normal – multirésistantes, notamment contre des antibiotiques proposés en dernière ligne pour le traitement des infections humaines comme la linézolide.

Des questions se posent sur la pertinence des soins pour les animaux de compagnie notamment dans la transmission d’antibiorésistance à l’humainBien que ces aliments semblent être réglementés en ce qui concerne leur sécurité microbiologique par les autorités de l’UE, l’évaluation des risques liés aux dangers biologiques devrait également inclure des bactéries et / ou des gènes résistants aux antibiotiques en plus d’établir la présence d’agents pathogènes bactériens. Les scientifiques suggèrent de cuire les aliments avant consommation pour réduire les risques pour le chien, mais également décroitre le risque d’une transmission à l’humain.

D’après eux, le contact étroit des animaux de compagnie avec les humains et la commercialisation de la nourriture raw dans différents pays de l’UE présente un risque international pour la santé publique si la transmission de ces souches se produit entre les chiens et les humains. Mais les animaux de compagnie sont-ils vraiment une source de bactéries résistantes aux antibiotiques qui seraient un danger pour l’humain ?

C’est ce que semblent dire certaines études qui montrent que des gènes qui confèrent des résistances aux antibiotiques sont présents à la fois chez l’humain et le chien. C’est le cas des gènes mcr-1 à mcr-9 qui confèrent une résistance à la colistine, qui est un antibiotique de dernier recours utilisé pour traiter les infections bactériennes résistantes à tous les autres antibiotiques. S’ils sont en contact direct, les humains et les chiens pourraient transmettre des bactéries contenant le gène mcr-1 à d’autres humains, chiens, et même d’autres animaux.

Mais, les faits sont à modérer. S’il existe en effet des bactéries multirésistantes génétiquement identiques chez les humains et leurs animaux de compagnie, suggérant que le transfert humain-animal est possible – l’évènement reste rare. Une étude montre en effet que la propriété d’un animal ne constitue pas un facteur de risque significatif de colonisation d’une bactérie multirésistante. Une transmission de bactérie multirésistante entre l’homme et l’animal n’a été confirmée que dans 1,8% des propriétaires d’animaux domestiques et leurs animaux de compagnie respectifs.

La transmission entre les animaux et l’homme d’une multirésistance aux antibiotiques est donc possible dans de rares cas, mais la possession d’un animal de compagnie ne semble pas accroitre significativement ce risque. Ils ne sont donc pas une source majeure d’infections résistantes aux antibiotiques chez l’homme. Si ça venait à être le cas, une réflexion particulière devra être faite sur la pertinence des soins des animaux de compagnie, en particulier sur l’utilisation des antibiotiques.

Cependant, au vu des connaissances actuelles, les soins aux animaux domestiques ne constituent pas un facteur de risque significatif de colonisation par des bactéries multirésistantes chez les humains.

 

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