Quel effet le confinement COVID-19 a-t-il sur la faune sauvage ?

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Quand le chat n’est pas là, les souris dansent … ou plutôt, devrions-nous dire, quand les humains sont confinés, la faune sauvage s’épanouit ? Les mesures de confinement mises en place suite à la pandémie Covid-19, incitent les populations humaines à éviter le contact extérieur et à se déplacer, ce qui n’est pas sans conséquences sur les animaux. Mais sont-elles toutes une libération pour la faune sauvage ? Pas forcément.  

Les mesures de quarantaine et de confinement immobilisent le monde depuis maintenant plusieurs semaines. L’activité humaine est réduite à de légers murmures et les villes se taisent progressivement. Avec la plupart des humains confinés à leurs habitations, le vacarme habituel de la vie et du trafic donne place à un vide et un calme bouleversant. Et la vie sauvage a déjà réagi. Quels changements sont à prévoir ?

L’internet est inondé d’information concernant la reconquête de la faune sauvage de nos villes. Pas toutes sont factuelles mais dans l’ensemble, les animaux des villes et des alentours deviennent plus audacieux et s’aventurent dans les rues. Mais ces nouvelles habitudes se sont pas toujours positives.

L’interaction et l’influence de l’activité humaine sur la faune sont complexes et difficiles à anticiper. L’humain peut agir de différentes façons sur son environnement. La pollution sensorielle qui modifie la lumière, le son et la composition chimique de l’environnement, fait partie de ces altérations. Elle affecte la santé des espèces, c’est-à-dire leur mortalité et leur capacité de se reproduire, à la fois par des effets physiologiques et des effets qui provoquent des changements de comportement selon trois mécanismes : le masquage, la distraction et la duperie.

Le masquage est le processus par lequel la pollution sensorielle affecte la capacité d’un organisme à détecter ou à discriminer une cible. Lors de la distraction, la pollution sensorielle attire l’attention d’un animal qui se détourne de sa tâche à accomplir. Et finalement, la duperie est quand un polluant sensoriel guide les animaux dans une mauvaise direction ou vers une mauvaise cible.

Quels changements peut-on donc prévoir pour les animaux pendant que les humains sont cloîtrés chez eux ?

La pollution sonore

Une chose est sûre, pendant le confinement, la pollution sonore, un des principaux risques environnementaux pour la santé animale et humaine, a énormément diminué, ce qui a de nombreuses répercussions.

La survie de nombreuses espèces dépend de leur ouïe. Les amphibiens, les oiseaux, les insectes et les mammifères ont besoin du son pour transmettre des informations essentielles, comme leurs signaux accouplements ou d’avertissement. Ainsi, les larves de poissons trouvent leur maison en suivant les bruits des récifs coralliens ou encore, les chouettes utilisent des signaux acoustiques pour localiser leurs proies. Tous ces comportements fondamentaux sont menacés si les animaux ne peuvent pas entendre correctement.

Une analyse de plus 109 espèces animales terrestres et aquatiques, est catégorique. En temps normal, le bruit d’origine humaine perturbe du plus petit insecte au plus grand mammifère marin. Il va sans dire que la nuisance sonore impacte la chasse des chauves-souris, qui s’appuient sur des signaux ultrasons pour trouver leurs proies, mais l’effet peut être plus subtil chez d’autres espèces.

Pour certains oiseaux, par exemple, le bruit affecte leur santé et la croissance de leur progéniture. Les poussins exposés à un fond acoustique important sont plus petits que leurs congénères au calme. Une base sonore importante affecte également les niveaux de glucocorticoïdes dans le sang, probablement pour empêcher les effets négatifs de niveaux chroniquement élevés sur l’organisme.

De plus, le bruit va aussi affecter la communication intra et inter espèces. Un oiseau des villes a tendance à chanter plus fort et à un niveau plus élevé que son homologue rural, ce qui affecte la qualité perçue de leurs chansons.

Le confinement et la réduction sonore pourront donc influencer plusieurs paramètres. Avec un bruit de circulation réduit, les chauves-souris, les oiseaux et les autres animaux communiquent mieux, ce qui pourra avoir pour effet de meilleures opportunités d’accouplement.

Certains oiseaux qui avaient pour habitude d’éviter les zones excessivement bruyantes pendant leur migration – ce qui avaient pour conséquence de diminuer la richesse génétique des espèces – retrouvent leurs congénères. Les murs de son divisent les populations. Avec ce calme, un brassage génétique offrira un nouveau souffle et une vitalité nécessaire à certaines populations.

Diminution du trafic humain

Autrement la diminution du trafic routier, aura clairement un impact sur les vies animales. A titre d’exemples, 37 000 chouettes effraies sont tuées chaque année sur les 11 000 kilomètres d’autoroutes françaises. Quelques semaines avec moins de voitures, surtout pendant la période des vacances scolaires et des jours fériés de Mai, seront suffisantes pour sauver des vies, surtout à la sortie de l’hivernation et pendant la période des naissances.

C’est sans compté également sur la diminution de la pollution atmosphérique. En effet, chiens, chats, mais également faunes sauvages sont sensibles à la dégradation de l’air, autant que les humains. Une des rares études sur le sujet a montré que des chiens exposés à l’air pollué de Mexico présentent une inflammation accrue du cerveau et des malformations impliquées dans des maladies comme Alzheimer, par rapport à des chiens vivant dans des villes moins polluées.

Les conséquences du déconfinement

La pollution est considérée comme la troisième ou quatrième cause de la réduction de la biodiversité, et certaines espèces sont directement menacées par les pollutions de l’air.

Cependant, beaucoup d’animaux de villes se sont acclimatés à leurs voisins bipèdes et dépendent parfois d’eux pour se nourrir par exemple. La fermeture des parcs, bords de rivières, ou la diminution de touristes vont pousser les animaux à trouver de nouvelles sources de nourriture.

Il faudra être cependant particulièrement réceptifs aux conséquences du déconfinement, surtout en cette période de reproduction. Nombreux seront les animaux qui auront choisi des lieux de nidification, qui, une fois le confinement levé, pourront s’avérer problématiques. Oiseaux et mammifères qui pensaient choisir un endroit stratégiquement calme seront surpris de se retrouver en pleins milieux d’une circulation qui avait disparu. A titre d’exemples, le retour des promeneurs sur les plages mettra à risques les petites sternes reproductrices qui pourront être piétinées et dérangées, et qui sont déjà assez en danger.

Il faudra donc être particulièrement vigilant au retour à la normale. Les changements, que ce soit lors du confinement ou du déconfinement seront vécus tous les deux comme un stress pour la faune sauvage.

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