Dermatose nodulaire contagieuse : la diffusion rapide de l’infection chez les bovins en Europe inquiète 

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Détectée pour la première fois en Turquie fin 2013, la dermatose nodulaire contagieuse des bovins a ensuite gagné l’Europe en 2015. Avec 747 foyers notifiés au 31 juillet 2016, cette maladie virale enzootique touche aujourd’hui la Grèce, la Bulgarie, la Macédoine, le Monténégro, l’Albanie et la Serbie. La situation épidémiologique* exige la mise en alerte et la vigilance de tous les États membres de l’Union. Pour prévenir l’arrivée du virus en France, la Direction générale de l’alimentation (DGAL) a publié des recommandations**, le 11 août dernier. La maladie, qui affecte actuellement les bovins, fait partie des varioles des ruminants, comme la clavelée du mouton ou la variole caprine.

 

Dermatose nodulaire contagieuse Capripox_virus_diseaseLa progression de l’épizootie de dermatose nodulaire contagieuse bovine dans le sud-est de l’Europe est sous surveillance depuis plus d’un an. La diffusion du virus se poursuit rapidement, avec une forte augmentation de l’incidence, malgré les mesures de contrôle mises en œuvre dans les pays concernés : restrictions des mouvements d’animaux, destruction des produits d’origine bovine issus des exploitations touchées, désinsectisation, abattage sanitaire total ou partiel des troupeaux atteints, campagnes de vaccination des cheptels, etc. Autour des foyers d’infection, conformément aux directives européennes, des zones de protection (3 km), de surveillance (10 km) et de restriction (50 km) ont également été mises en place.

Les pays frontaliers des Balkans, comme la Roumanie, sont en alerte et anticipent l’arrivée de la maladie sur leur territoire via des mesures préventives. Au niveau européen, un renforcement des mesures sanitaires de surveillance et de lutte est envisagé, notamment via la vaccination. En particulier, la question de la vaccination préventive est posée. Aucun vaccin contre la dermatose nodulaire contagieuse des bovins ne dispose d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) dans l’Union, mais la Commission autorise les États membres à utiliser provisoirement des vaccins sans AMM européenne en cas de maladie épizootique grave, ce qui est le cas actuellement.

Avec une activité virale maximale observée en été (août et septembre), et à son minimum en hiver et au début du printemps (janvier à mars), l’hypothèse d’une transmission du poxvirus bovin par des arthropodes est privilégiée, même si d’autres voies de transmission, directes (par exemple entre une vache infectée et son veau) ou indirectes (résistance dans l’environnement), sont également possibles. La maladie se caractérise par l’éruption soudaine de nodules cutanés durs, en nombre et de taille variables, localisés sur la tête, le cou, les membres, les flancs, la mamelle, le scrotum, le périnée, ainsi que sur les muqueuses internes. Ces lésions sont accompagnées d’une conjonctivite et d’une kératite pouvant évoluer vers la cécité, mais aussi d’œdèmes sous-cutanés très étendus sur les membres, les lombaires, le fanon et les organes génitaux. Ces œdèmes peuvent se compliquer de lésions ulcératives profondes et suppurées. La mort est fréquente, en lien avec les complications respiratoires, digestives et septiques.

Cette première incursion de la dermatose nodulaire contagieuse en Europe, de par sa diffusion plutôt rapide et son ampleur, exige une vigilance accrue pour suivre de près la propagation de l’épizootie. Il convient également de caractériser la souche du virus impliqué afin de pouvoir étudier l’historique de circulation des souches virales dans les régions touchées. Dans ce contexte, la DGAL a saisi l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) pour connaître le niveau de risque de l’apparition de la maladie en France, avec l’objectif de mettre sur pied une stratégie vaccinale si sa détection n’intervenait qu’après un mois de circulation virale. En effet, la maladie est en partie asymptomatique. L’avis de l’Anses est attendu d’ici à la fin de l’année.

D’ores et déjà, la DGAL a déployé un dispositif de surveillance dédié à la dermatose nodulaire contagieuse sur le territoire national. Un groupe de suivi a été constitué pour le mettre en œuvre, avec l’objectif de détecter le plus précocement possible l’introduction de la maladie en France. La DGAL a également diffusé, le 11 août, une instruction destinée à informer les vétérinaires, les éleveurs, mais aussi les opérateurs commerciaux et les transporteurs d’animaux vivants. Une autre instruction, destinée aux services vétérinaires, est en cours de rédaction. Enfin, une campagne de sensibilisation des vétérinaires et des éleveurs sera menée dès cet automne.

Loïc Evain, directeur général adjoint de l’alimentation, demande en outre la plus grande vigilance dans le contexte de l’arrivée en France d’ovins pour la fête de l’Aïd el Aida, prévue le 12 septembre prochain. Bien que les petits ruminants soient atteints de façon exceptionnelle, ils peuvent être les vecteurs passifs du virus, de même que les véhicules de transport d’animaux et le matériel. En cas de suspicion clinique, le laboratoire national de référence DNCB a développé des outils diagnostiques spécifiques (PCR quantitative pan-Capripoxvirus et PCR quantitative DNCB).

 

* http://bulletinepidemiologique.mag.anses.fr/sites/default/files/M-075%2016%2008%2001%20DNC_Pub%20Ant.pdf

** Instruction technique DGAL du 5 août 2016, parue le 11 août 2016 au Bulletin officiel du ministère de l’Agriculture, https://info.agriculture.gouv.fr/gedei/site/bo-agri/instruction-2016-654

 

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