Biodiversité : Bruxelles cible 37 espèces exotiques envahissantes à combattre en Europe

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La Commission européenne a enfin adopté, le 13 juillet, la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union*. Attendue depuis plusieurs mois, cette première liste comprend 37 espèces animales et végétales invasives à combattre sur le territoire européen. La désignation de ces cibles, effective vingt jours après la publication au Journal officiel de l’UE, va permettre d’appliquer les mesures de lutte prévues dans le règlement européen entré en vigueur le 1er janvier 2015**. Ainsi, dès le 3 août, l’importation, la détention, le transport, l’utilisation ou l’échange, la vente, la reproduction, le relâcher, l’élevage ou la culture de ces 37 animaux et végétaux indésirables seront interdits dans tous les États membres.

 

Biodiversite espece invasive Raton_laveur_beauval_3Selon les estimations, la perte de biodiversité et la dégradation des écosystèmes coûtent à l’Union européenne jusqu’à 3 % de son produit intérieur brut chaque année, soit plus de 12 milliards d’euros par an. Face à l’ampleur des dégâts, la stratégie* adoptée en 2011, conçue par la Commission avec les États membres, définit un objectif prioritaire : enrayer la perte de biodiversité à l’horizon 2020 par rapport à un niveau de référence de 2010. Six objectifs opérationnels ont été fixés, assortis de vingt actions. Parmi eux, l’objectif n°5 vise à prévenir, à réduire au minimum ou à atténuer les effets néfastes sur la biodiversité des espèces invasives, en l’occurrence celles inscrites sur la liste publiée le 14 juillet. Le “règlement européen relatif à la prévention et à la gestion de l’introduction et de la propagation des espèces exotiques envahissantes”, désormais pleinement applicable, s’inscrit dans le cadre des actions mises en œuvre pour atteindre cet objectif.

Parmi les 37 espèces invasives (voir liste) contre lesquelles les 27 États membres de l’Union vont devoir lutter, plus d’une vingtaine sont présentes en France, notamment le frelon asiatique, le raton laveur ou encore l’écureuil gris et la tortue de Floride. Dans un délai de dix-huit mois, chaque pays devra réaliser une analyse complète des voies d’introduction et de propagation de ces espèces, mais aussi mettre en place un système de surveillance et des mesures efficaces de gestion pour prévenir leur expansion, les détecter précocement, les éradiquer quand c’est possible, et encadrer celles déjà largement répandues. D’ici à trois ans, chaque État membre devra avoir élaboré et mis en œuvre un plan d’actions pour s’attaquer aux voies prioritaires identifiées, lequel sera réexaminé au minimum tous les six ans. Le grand public pourra participer à la préparation, à la modification ou au réexamen de ces plans et mesures.

Sur les 12 000 plantes, animaux, champignons ou micro-organismes qui ont proliféré loin de leur aire de répartition d’origine pour s’établir en Europe, naturellement ou transportés par l’homme, seuls 15 % environ sont devenus envahissants, mais leur nombre ne cesse d’augmenter. Chaque année, huit nouvelles espèces préoccupantes s’installent sur le continent. Si la première menace pour la biodiversité reste la fragmentation et la destruction des écosystèmes par l’homme, les invasions biologiques occupent la deuxième place.

La Commission réexaminera entièrement la liste de l’Union au moins tous les six ans et, dans l’intervalle, la mettra à jour si nécessaire. L’Eurogroup for Animals regrette déjà que certaines espèces parmi les plus problématiques, comme le vison d’Amérique, n’y aient pas été intégrées. L’association invite d’ores et déjà Bruxelles à étendre cette liste en y incluant certaines espèces exotiques ou à fourrure, importées comme animaux de compagnie ou pour alimenter les fermes à fourrure, qui représentent un risque majeur pour la biodiversité et la santé humaine et animale en Europe. En outre, l’Eurogroup demande à la Commission d’élaborer et d’adopter des lignes directrices claires sur la gestion des espèces invasives listées, en mettant l’accent sur des méthodes de contrôle “humaines” ou non létales, afin d’éviter ou de réduire au maximum toute souffrance animale.

La réglementation européenne prévoit notamment la capture des animaux concernés et leur placement dans des zoos jusqu’à leur mort naturelle. Les propriétaires d’animaux listés pourront les conserver jusqu’à leur mort, sous réserve de ne pas les laisser se reproduire ou s’échapper. De leur côté, les détenteurs d’un stock commercial auront deux ans pour vendre leurs spécimens, ou pour les transférer à des instituts de recherche, à des établissements de conservation ex situ en vue d’activités médicales, ou afin de les éliminer sans souffrance, jusqu’à épuisement de leur stock.

 

* http://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?qid=1468477158043&uri=CELEX:32016R1141

** http://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=uriserv:OJ.L_.2014.317.01.0035.01.FRA&toc=OJ:L:2014:317:TOC

 

Les 37 espèces indésirables

Mammifères

  • coati roux (Nasua nasua)
  • écureuil à ventre rouge (Callosciurus erythraeus), écureuil fauve (Sciurus niger), écureuil gris (Sciurus carolinensis), écureuil de Sibérie (Tamias sibiricus)
  • mangouste de Java (Herpestes javanicus)
  • muntjac de Reeves (Muntiacus reevesi)
  • ragondin (Myocastor coypus)
  • raton laveur (Procyon lotor)

Amphibien et reptile

  • grenouille taureau (Lithobates catesbeianus)
  • tortue de Floride (Trachemys scripta)

Oiseaux

  • corbeau familier ou corneille de l’Inde (Corvus splendens)
  • érismature rousse (Oxyura jamaicensis)
  • ibis sacré (Threskiornis aethiopicus)

Poissons et crustacés

  • crabe chinois (Eriocheir sinensis)
  • écrevisse américaine (Orconectes limosus), écrevisse du Pacifique (Pacifastacus leniusculus), écrevisse de Louisiane (Procambarus clarkii), écrevisse des marécages (Procambarus fallax), écrevisse à taches rouges (Orconectes virilis)
  • goujon de l’amour (Perccottus glenii), goujon asiatique (Pseudorasbora parva)

Insecte

  • frelon asiatique (Vespa velutina nigrithorax)

Plantes

  • berce de Perse (Heracleum persicum), berce de Sosnowski (Heracleum sosnowskyi)
  • cabomba de Caroline (Cabomba caroliniana)
  • faux arum (Lysichiton americanus)
  • grand lagarosiphon (Lagarosiphon major)
  • grande camomille (Parthenium hysterophorus)
  • hydrocotyle fausse renoncule (Hydrocotyle ranunculoides)
  • jacinthe d’eau (Eichhornia crassipes)
  • jussie à grandes fleurs (Ludwigia grandiflora), jussie rampante (Ludwigia peploides)
  • kudzu (Pueraria montana)
  • myriophylle du Brésil (Myriophyllum aquaticum)
  • renouée perfoliée (Persicaria perfoliata)
  • séneçon en arbre (Baccharis halimifolia)

 

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