Abattoirs : le ministre de l’Agriculture se mobilise (enfin ?) contre la maltraitance des animaux de boucherie

Vetitude.fr | Le

À la suite de la diffusion par L214 de trois vidéos édifiantes tournées dans des établissements d’abattage français*, Stéphane Le Foll a annoncé, ce 31 mars, qu’un salarié référent de la protection animale devra désormais être présent dans tous les abattoirs de France, quelle que soit leur taille. Jusqu’à maintenant, seuls les abattoirs importants étaient concernés par la réglementation européenne sur la protection des animaux au moment de leur mise à mort. Ces référents bénéficieront d’un statut renforcé, le plus adapté étant celui de lanceur d’alerte, destiné à assurer leur protection. La loi devrait être modifiée dans ce sens.

 

agneaux-chaine-abattage-abattoir-mauleon-04La vidéo** tournée dans l’abattoir du Pays de Soule, à Mauléon-Licharre (Pyrénées-Atlantiques), la troisième en quelques mois, montre une fois encore des actes de maltraitance et de cruauté envers des animaux, malgré l’intensification, annoncée par le ministère de l’Agriculture, des contrôles ciblés sur la protection animale sur les chaînes d’abattage. Ces images de sévices graves ont fait scandale et le ministre a réaffirmé son indignation face à des pratiques qualifiées d’intolérables… comme à chaque incident ! Il a demandé la suspension immédiate de l’activité de cet abattoir au préfet du département.

Confronté à ce nouveau scandale, Stéphane Le Foll a également demandé la réalisation, d’ici à la fin avril, de nouvelles inspections spécifiques sur la protection animale dans l’ensemble des abattoirs de boucherie du territoire national. En cas de dysfonctionnement révélé dans ce cadre, l’agrément des établissements concernés sera suspendu sans délai, et un procès-verbal sera établi. Reste à savoir si ces inspections seront plus efficaces que les précédentes. Mais surtout, la question primordiale est de savoir si elles seront inopinées !

Les résultats de ces inspections seront transmis à la commission d’enquête parlementaire « sur les conditions d’abattage des animaux de boucherie dans les abattoirs français », officialisée le 22 mars à la suite d’une proposition du député de Charente-Maritime Olivier Falorni***. Car il y aura finalement une commission d’enquête. Mais pour en arriver là, il aura fallu attendre trois vidéos et trois scandales avant que le ministre de l’Agriculture cède enfin à la demande de parlementaires et se retrouve dos au mur, forcé d’abandonner sa politique de l’autruche : tout va bien, tout est sous contrôle de l’administration. Une position qu’il avait défendue avec une certaine suffisance face aux demandes répétées de la sénatrice de l’Ain, Sylvie Goy-Chavent, qui s’était vue refuser cette fameuse commission parlementaire lors des deux premiers scandales.

Les 263 abattoirs de boucherie en France produisent 305 millions de tonnes de viande par an. Mais cette production totale recouvre une grande disparité de volumes entre les sites (de 10 à plus de 200 000 tonnes)

Ainsi, face à la multiplication des cas, il devient urgent de rendre les pratiques dans les abattoirs plus transparentes, et de faire toute la lumière sur ces actes de cruauté afin de lutter plus efficacement contre la maltraitance animale. Car il n’est pas si difficile de mieux contrôler les postes de mise à mort. Plusieurs associations de protection animale réclament une surveillance vidéo de ce maillon faible de la chaîne d’abattage. Comme l’a rappelé récemment Frédéric Freund, directeur de l’Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs (OABA), il serait également opportun de se pencher sur les cadences d’abattage dans un certain nombre d’abattoirs, qui sont telles que, de toute évidence, le nombre d’animaux sacrifiés dans une journée ne peut être compatible avec une mise à mort “éthique”.

Sur la base des inspections demandées par le ministre, il est également prévu des mesures pour renforcer la responsabilité des opérateurs, notamment concernant la surveillance des postes d’abattage. Le 5 avril prochain, les modalités de mise en œuvre du dispositif “référent de la protection animale” seront précisées devant le Conseil national d’orientation de la politique sanitaire animale et végétale (Cnopsav). Cette instance devait justement se réunir pour officialiser le lancement de la stratégie et du plan d’action pour le bien-être animal du ministère, élaborés ces derniers mois avec tous les acteurs (professionnels, associations de protection animale, services de l’État) afin de définir les actions concrètes à déployer sur le terrain.

L’enjeu de ce “référent de la protection animale” dans les abattoirs est primordial. Mais les associations considèrent que tant qu’il sera salarié d’un établissement d’abattage, même protégé par un statut qui reste à définir, il ne pourra être pleinement libre de remettre en cause les pratiques ou le rythme imposé par sa direction. Ainsi, l’OABA demande notamment que cette personne soit extérieure à l’abattoir (membre d’une association de protection animale référencée ?) ou rémunérée par une organisation sans aucun lien avec ce dernier. Au final, l’impact des mesures annoncées aujourd’hui par Stéphane Le Foll sera intimement lié à l’indépendance de l’audit. Or pour cela, il faut que les travaux du Cnopsav répondent à cette problématique de société…

 

* Abattoir d’Alès (Gard), abattoir certifié “bio” du Vigan (Gard), abattoir de Mauléon-Licharre (Pyrénées-Atlantiques).

** http://www.l214.com/enquetes/2016/abattoir-made-in-france/mauleon/

*** http://www.assemblee-nationale.fr/14/propositions/pion3523.asp

 

 

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