Abattoir d’Alès : les sénateurs se mobilisent derrière Sylvie Goy-Chavent

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En France, plus de la moitié des animaux de rente sont égorgés sans être préalablement étourdis. Depuis la diffusion des images insoutenables tournées dans l’abattoir d’Alès (Gard), l’affaire continue de susciter l’indignation. Le parquet d’Alès a ouvert une enquête préliminaire sur des « faits d’actes de cruauté, mauvais traitements sur animaux ». Maintenant, c’est au tour des sénateurs* de réagir. Ils demandent, sur une initiative de la sénatrice Sylvie Goy-Chavent, la création d’une commission d’enquête sur les conditions d’abattage des animaux de boucherie, afin de faire toute la lumière sur ces dérives inacceptables.

 

Abattoir Sylvie Goy ChaventSelon la sénatrice UDI de l’Ain, la vidéo tournée à Alès montre des pratiques d’abattage qui ont également cours dans d’autres abattoirs. Il ne s’agit donc pas d’un cas isolé. « Outre les questions liées au respect du bien-être animal et celles qui concernent la sécurité alimentaire, ces pratiques risquent de porter un coup fatal à toute une filière déjà durement touchée par la concurrence internationale et les scandales à répétition », estime-t-elle.

Ainsi, une commission d’enquête parlementaire permettra « d’aller voir ce qui se passe à l’intérieur des abattoirs » et « d’apporter des éclaircissements et des propositions pour garantir le respect des règles élémentaires en matière d’hygiène, de sécurité alimentaire et de bien-être animal ». Son initiative, relayée par une pétition en ligne** adressée à l’ensemble des parlementaires et au président du Sénat, a déjà recueilli plus de 19 000 soutiens.

Sylvie Goy-Chavent pointe notamment du doigt le manque de contrôle dans les abattoirs français : « Quand vous avez un ou deux vétérinaires par département, comment font-ils pour être en bout de chaîne dans toutes les chaînes ? C’est impossible. »
Au-delà des questions d’ordre sanitaire, c’est tout le circuit de la ferme à l’assiette qui est mis à mal, avec entre les deux « cette zone de non-droit qui s’appelle l’abattoir, où on ne peut pas entrer facilement et où certains dérivent dangereusement, comme à Alès ».

En attendant les résultats de l’enquête administrative sur les conditions d’abattage des animaux à Alès, confiée par le parquet à la Brigade nationale d’enquêtes vétérinaires et phytosanitaires, l’établissement reste fermé. De son côté, son responsable a porté plainte pour « atteinte à la vie privée par fixation ou transmission de l’image des personnes ».

 

Laisser le temps agir ?

Depuis le début du scandale, seule la société civile semble réagir à ce qui ressemble non à une norme, mais à une habitude en France. Les organisations professionnelles sont absentes du débat. Et pourtant, les enjeux stratégiques sont nombreux.

Certes, le ministère de l’Agriculture a pris son bâton de pèlerin pour faire le tour des professionnels concernés en leur demandant de manière explicite de faire le dos rond, voire de soutenir la défaillance de l’État en la matière. Dernier épisode en date, lors d’un congrès vétérinaire à Paris. Dans le cadre d’une table ronde sur le bien-être des animaux, coorganisée par l’Association vétérinaire équine française (Avef, seule à avoir dénoncé officiellement l’affaire d’Alès via un communiqué de presse) et le Syndicat national des vétérinaires d’exercice libéral (SNVEL), un représentant de la Direction générale de l’alimentation (DGAL) a invité les vétérinaires à faire attention avant de prendre position pour ne pas scier la branche sur laquelle est assise leur économie. Cela a laissé pantois nombre de praticiens qui venaient d’entendre, quelques minutes auparavant, le président de l’Ordre des vétérinaires réaffirmer que le bien-être des animaux est l’une des priorités de la profession, qui en est garante, et qu’ils avaient l’obligation réglementaire de dénoncer tout acte de maltraitance constaté.

Cet exemple, qui concerne la profession vétérinaire, en est un parmi tant d’autres, organisations d’éleveurs en tête, qui ont confirmé leur alignement sur la politique du ministère, à l’exception de la Confédération paysanne.

 

Abattoirs et protection animale, même combat

Et du côté des abattoirs, pourquoi ce silence assourdissant ? Sans polémiquer sur les méthodes d’abattage, qui semblent être monnaie courante dans nombre d’établissements en France, pourquoi ne pas rebondir sur le problème de fond ? La filière d’abattage ne va pas bien, c’est un fait. La course à la rentabilité passe par une augmentation des cadences aux différents postes, celui de la mise à mort notamment. Dans ce contexte, la dérogation relative à l’abattage sans étourdissement pour des raisons religieuses apparaît comme une aubaine. Comme le fait que le ministère de l’Agriculture cautionne le non-respect des normes européennes (la France est régulièrement critiquée par Bruxelles sur ce sujet, sans réaction française depuis des années).

Inspection sanitaire abattoirEt si l’affaire d’Alès constituait une opportunité de faire évoluer ce dossier ? Dans l’industrie, les meilleures marges ne sont pas forcément celles réalisées lors de la première transformation. Aussi, si l’on veut que le secteur “viande” se porte mieux, il conviendrait de valoriser le développement de la seconde transformation sur le sol français. La filière d’abattage française va mal parce que la politique d’exportation du ministère de l’Agriculture l’a tuée ces dernières années. Pourquoi favoriser l’envoi d’animaux vivants destinés à être abattus dans d’autres pays, plutôt que l’exportation de carcasses françaises ? Le groupe Bigard, pour ne citer que lui, a déjà soulevé cette ambiguïté. Avec ce scénario, les répercussions pour l’élevage français seraient faibles, essentiellement limitées au niveau de l’exportation des broutards. En revanche, ce serait l’émergence d’un nouveau modèle économique, fondé sur la proximité notamment.

Et c’est là que les associations de protection animale pourraient retrouver leurs intérêts : davantage d’abattage en France, c’est moins de transports d’animaux vivants, donc de souffrances inutiles. C’est aussi un abattage dans des normes – si elles sont respectées – nettement plus soutenables que celles en vigueur dans les actuels pays clients de la France. Lors du scandale des lasagnes à la viande de cheval, les Français ont pu découvrir (puis oublier…) le long voyage d’un morceau de viande entre le pré et l’assiette.

En même temps que le congrès vétérinaire à Paris, le Conseil national d’orientation de la politique sanitaire animale et végétale (Cnopsav) se réunissait pour débattre de ce dossier. Comme prévu, les tensions ont été à leur comble, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) allant jusqu’à considérer ses interlocuteurs comme des terroristes. Ambiance ! Ce n’est pas une surprise, puisque la solution retenue par les autorités est le pourrissement de la situation. Cela ne peut donc engendrer que de vives tensions et une radicalisation, même de la part des plus modérés dans les deux camps. Ce management de crise à court terme aura probablement de lourdes conséquences pour la suite. Mais nos politiques ont toujours montré, quel que soit le dossier, leur peu de vision à moyen et long termes. Inutile de rappeler ici comment sont gérées les politiques de prévention des crises sanitaires en France…

 

Alors, cette après-midi, lors des traditionnelles questions au gouvernement, Stéphane Le Foll a précisé qu’il était le comptable du bien-être animal. Ensuite, grâce à la loi d’avenir, il envisage de jouer la transparence dans les abattoirs comme il l’a fait cet été dans la restauration. Si tel était le cas, faudrait-il encore mieux appréhender les contrôles. A noter tout de même que comme l’a rappelé le ministre, 104 avertissements, 60 mises en demeure et deux suspensions d’agréments ont été relevés en 2014. Cela n’a pas empêché le scandale d’Alès.

 

* Sénateurs des groupes Union des démocrates et indépendants-Union centriste (UDI-UC), Les Républicains (LR), Rassemblement démocratique et social européen (RDSE) à majorité Parti radical de gauche (PRG) et écologistes.

** https://www.change.org/p/pour-une-commission-d-enqu%C3%AAte-sur-les-m%C3%A9thodes-d-abattage-des-animaux-de-boucherie

 

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