Viande de cheval importée : une nouvelle règle européenne risque d’aggraver la souffrance des chevaux

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Six organisations internationales de protection des animaux* demandent l’interdiction des importations vers l’Europe et la Suisse de la viande chevaline issue de chevaux abattus sur le continent américain. Soutenues par l’Eurogroup for Animals, elles dénoncent les conditions déplorables de détention, de transport et d’abattage des chevaux dont la viande est destinée au marché européen. Ce commerce, source de nombreuses souffrances, ne respecte pas les exigences de l’Union européenne en termes de protection animale. Outre les mauvais traitements, l’enquête** réalisée outre-Atlantique révèle une absence de traçabilité des animaux abattus propice à la fraude et susceptible de présenter des risques pour la santé publique.

 

À partir d’aujourd’hui, 1er mars 2017, un récent règlement de la Commission européenne*** s’applique : les viandes chevalines importées devront désormais être issues « de solipèdes domestiques qui ont été conservés pendant au moins six mois » dans le pays tiers avant leur abattage. Cette mesure de mise en quarantaine, prise pour répondre au problème de la traçabilité des chevaux et afin de minimiser le risque de résidus de médicaments dans la viande, apparaît inadaptée et risque d’aggraver encore la situation dramatique des quelque 44 000 chevaux américains abattus au Canada, ainsi que des chevaux brésiliens abattus en Uruguay pour l’exportation vers le marché européen.

viande de cheval maltraitance animaleEn effet, l’exigence d’un délai d’attente de six mois ne permettra pas de clarifier l’origine des chevaux issus de trafics (vols en Argentine ou contrebande en Uruguay) ni d’offrir des garanties concernant l’absence de résidus de substances interdites dans la viande, comme la phénylbutazone, après cette période. En revanche, les enclos de collecte et de rassemblement des chevaux destinés à la boucherie, sales et déjà saturés, devront conserver en attente davantage d’animaux blessés, affaiblis, voire gestants. Car la liste des souffrances infligées aux chevaux destinés au commerce international de viande est longue : transport sur des centaines de kilomètres sans eau ni nourriture dans des camions vétustes, maniement brutal par du personnel non qualifié, parcs d’engraissement et enclos des abattoirs non conformes et surpeuplés, abris contre les conditions météorologiques extrêmes quasi inexistants, absence de soins et de surveillance, conditions d’abattage épouvantables, manque de traçabilité, etc.

L’enquête menée pendant deux ans (2015-2016) aux États-Unis, au Canada, en Uruguay et en Argentine par les associations AWF et TSB, Animals’ Angels USA et FTA montre que les conditions de détention, de transport et d’abattage des chevaux de boucherie ne s’est pas améliorée depuis celle réalisée en 2012. Cette nouvelle enquête révèle des pratiques cruelles, sur l’ensemble de la chaîne de production, qui vont à l’encontre des normes de bien-être animal en vigueur en Europe ou en Suisse, ainsi qu’une absence de traçabilité, constate l’Eurogroup for Animals. Si les enquêtes antérieures ont notamment entraîné l’interdiction d’importer de la viande de cheval mexicaine dans l’Union en 2015, une telle interdiction n’a pas été appliquée aux pays comme l’Argentine, l’Uruguay et le Canada. Pourtant, les conditions de production dans les abattoirs agréés en Amérique du Nord et du Sud posent des problèmes similaires, en termes de bien-être des équidés et de protection des consommateurs, que ceux dénoncés au Mexique.

Pour les organisations de protection animale, « la seule façon de remédier à cette situation est une interdiction européenne des importations de viande de cheval produite dans des conditions cruelles outre-Atlantique ». Elles demandent également que l’étiquetage sur l’origine des viandes, devenu obligatoire dans les filières bovine et porcine, soit aussi exigé pour la viande de cheval. Car actuellement, il n’existe aucune obligation de mentionner le pays d’origine sur l’étiquette.

Sur un cheptel de plus d’un million de chevaux, la France en élève moins de 10 % pour la production de viande chevaline, qui est exportée à plus de 90 %, notamment vers l’Italie. À l’inverse, elle importe massivement de la viande de cheval adulte pour répondre à la demande des consommateurs français : seulement 20 à 30 % de la viande de cheval consommée dans l’Hexagone est issue de la production nationale. La quasi-totalité de la viande vendue par la grande distribution est importée, provenant pour moitié de chevaux abattus en Amérique du Nord et en Amérique latine. Le Canada, l’Argentine et l’Uruguay sont ainsi les plus gros fournisseurs de la France. De leur côté, tous les supermarchés en Suisse et beaucoup aux Pays-Bas et en Belgique ont cessé de vendre de la viande de cheval importée ne répondant pas aux normes européennes de protection animale.

 

* Le collectif, soutenu par l’Eurogroup for Animals (Bruxelles), comprend Welfarm (France), l’Association en faveur de l’abattage des animaux dans la dignité (Afaad, France), l’Animal Welfare Foundation (AWF, Allemagne), la Tierschutzbund Zürich (TSB, Suisse), Eyes on Animals (Pays-Bas), Gaia (Belgique), Animals’ Angels (USA) et For the Animals (FTA, Uruguay).
** https://youtu.be/Jo_G9DXtOx8

*** Règlement d’exécution (UE) 2016/1832 de la Commission du 17 octobre 2016 modifiant le règlement (UE) n° 206/2010, notamment les modèles de certificats pour l’importation dans l’Union de viandes fraîches de solipèdes domestiques et les conditions de police sanitaire relatives aux résidus, http://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=celex:32016R1832

Lire aussi notre précédent article : une enquête en Amérique latine fait état de pratiques d’abattage à risque et de maltraitance

 

 

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