Système alimentaire et agricole mondial : l’OCDE envisage trois futurs possibles à l’horizon 2050

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L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), dans un récent rapport*, s’est penchée sur les « perspectives d’avenir pour l’alimentation et l’agriculture mondiales ». Ce rapport présente trois scénarios à long terme pour le monde en 2050 : une croissance fragmentée reposant sur les énergies fossiles, une croissance durable portée par l’engagement citoyen, une croissance rapide reposant sur la coopération internationale. Dans le cadre de ces trois futurs possibles, la capacité des marchés agricoles à relever les défis identifiés est décortiquée. La compatibilité entre les intérêts des consommateurs, des producteurs et de la planète représente notamment un enjeu déterminant.

 

viande systeme alimentaireLe rapport de l’OCDE identifie plusieurs défis majeurs auxquels sera confronté le système alimentaire et agricole mondial dans les décennies à venir. Il devra en effet nourrir une population toujours plus nombreuse, plus aisée et exigeante tout en préservant les ressources naturelles limitées (terres et eau) et les écosystèmes sensibles (biodiversité), mais aussi augmenter la productivité agricole pour répondre à la demande croissante tout en atténuant les effets du changement climatique et en s’y adaptant, et enfin contribuer à la prospérité des zones rurales.

Relever tous ces défis passe par l’adoption de décisions prospectives tant politiques qu’économiques. Afin de susciter une réflexion constructive, puis la mise en œuvre d’une stratégie à long terme, l’OCDE a identifié trois visions du monde de demain différentes. Le choix fait aujourd’hui par les politiques et les entreprises déterminera dans quelle mesure le système alimentaire et agricole mondial sera affecté par les défis futurs. Les scénarios proposés, qui ne sont ni des projections ni des prévisions, offrent un outil pour appréhender l’avenir hautement incertain de l’alimentation et de l’agriculture.

Dans le scénario « croissance fondée sur la souveraineté et les énergies fossiles », le monde envisagé privilégie les intérêts nationaux des États ou des régions qui forment des blocs commerciaux, et aspire à l’autosuffisance, à l’opposé d’une vision géopolitique internationale et à long terme. La croissance économique repose sur le recours aux énergies fossiles, entraînant une augmentation des émissions de gaz à effet de serre, et sur l’évolution des technologies d’extraction (gaz de schiste, conversion du charbon, pétrole en eaux profondes). Elle est corrélée à une faible implication des gouvernements et des citoyens dans les questions environnementales et sociales. La demande en protéines animales et en produits transformés progresse de façon significative, là encore sans prendre en compte l’impact environnemental. Sous la pression d’une croissance démographique forte, la productivité agricole est élevée, notamment grâce au recours au système intensif et à la technologie.

Le scénario « croissance durable fondée sur les préoccupations des citoyens » décrit un monde où chaque pays a une approche plus durable du développement économique et de la consommation, consécutive au changement d’attitude des citoyens, davantage concernés par l’empreinte environnementale et sociale de la production alimentaire. La coopération internationale existe, mais demeure limitée, tandis que les technologies visent en priorité à préserver l’environnement et les ressources naturelles. Dans le cadre de cette croissance verte, le niveau de conscience sociale est élevé et les consommateurs tendent vers des régimes alimentaires plus sains, avec moins de viande et davantage de protéines végétales, produits par des méthodes respectueuses de l’environnement, quitte à payer plus cher. Les sources d’énergie renouvelables se développent et la forte réduction des gaz à effet de serre permet de ralentir le changement climatique. Dans ce scénario agroécologique, les gains de productivité du système agricole reposent sur une moindre utilisation d’eau, d’engrais chimiques ou de pesticides, fournissant de plus en plus de produits biologiques.

Le scénario « croissance rapide fondée sur la mondialisation » propose un monde où la coopération multilatérale dans les échanges internationaux est le moteur de la croissance économique et vise la prospérité. Les marchés et les entreprises multinationales sont les acteurs clés de ces économies en expansion. Les gouvernements et les citoyens accordent peu d’importance aux considérations environnementales ou à la biodiversité, tandis que les technologies progressent grâce à l’innovation dans les domaines de l’alimentation humaine et animale et de la production d’énergie (piles à hydrogène, biocarburants, chimie verte, etc.). Une population en forte croissance, une urbanisation galopante et le développement du commerce international contribuent à une intensification de l’agriculture et de l’aquaculture, ainsi qu’à une standardisation des produits alimentaires autour d’un régime riche en viande. Les conséquences sur le climat sont élevées.

L’OCDE évalue ensuite ces scénarios à l’aune de sept critères différents : la sécurité alimentaire et de la nutrition, la sûreté alimentaire, la durabilité économique de l’agriculture, la biodiversité et la rareté des ressources naturelles, les émissions de gaz à effet de serre et autres pollutions agricoles, les régimes alimentaires et la nutrition, les maladies animales.

Les risques liés à la sécurité des aliments et aux maladies animales transfrontalières apparaissent moins élevés dans le monde à croissance verte porté par un engagement citoyen, car les productions animales y sont plus limitées, l’utilisation d’intrants agricoles (engrais, pesticides, etc.) plus réduite, et la chaîne d’approvisionnement alimentaire plus courte et locale. Toutefois, une coopération internationale au niveau des contrôles et de la réglementation est alors nécessaire. Ce scénario semble également le plus à même d’améliorer la performance environnementale, impliquant néanmoins des efforts d’adaptation de la part des agriculteurs et des éleveurs (méthodes de production plus durables) pour répondre aux évolutions du comportement des consommateurs. Il permet d’envisager une réduction importante de la faim dans le monde à l’horizon 2050, tout en limitant les pertes de biodiversité et les émissions de gaz à effet de serre et autres polluants.

Logo_OCDE_202627D’après l’OCDE, dans les trois trajectoires envisagées, la part de l’agriculture dans le produit intérieur brut et l’emploi devrait continuer de baisser à l’échelle mondiale. La viabilité des exploitations dépendra des transformations structurelles réalisées. L’avenir du système alimentaire et agricole passe finalement par une croissance durable de la productivité, qui se nourrit d’innovation, de pluridisciplinarité des acteurs publics et privés, de coopération et de communication.

 

* Perspectives d’avenir pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde, rapport OCDE publié le 6 avril 2016, http://www.oecd.org/fr/publications/perspectives-d-avenir-pour-l-alimentation-et-l-agriculture-dans-le-monde-9789264253544-fr.htm

Voir aussi le film documentaire Demain, réalisé par Cyril Dion et Mélanie Laurent, sorti en décembre 2015 et toujours en salles.

 

 

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