Syndicat vétérinaire : disparition de René Bailly, fondateur du SNVEL et grande figure de la profession

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C’est avec une immense tristesse que nous avons appris le décès de René Bailly, survenu le 8 janvier après-midi. Le plus grand syndicaliste vétérinaire n’est plus, mais il laisse derrière lui un ouvrage sans précédent. Sorti de l’école vétérinaire d’Alfort en 1963, il créa le syndicalisme moderne et fit entrer la profession vétérinaire dans l’ère nouvelle de la pratique quotidienne.

 

Ce que René Bailly a apporté à la profession vétérinaire ? La liste est longue : il a créé le statut d’auxiliaire vétérinaire et un centre de formation dédié, mis en place des conventions collectives pour les salariés vétérinaires et non vétérinaires, lancé le fichier national félin, instauré la puce électronique pour les carnivores domestiques en France. Sans oublier la gestion des dossiers d’actualité sur le mandat sanitaire (dont la crise de l’ESB, la rage) et la pharmacie vétérinaire ! Autant d’innovations banalisées aujourd’hui. Et pourtant, il faut remettre ces dossiers dans leur contexte, les premiers remontent aux années 80, il y a plus de 30 ans.

René Bailly fut surtout un grand visionnaire, capable de percevoir le devenir de la profession vétérinaire 20 ans plus tard, sans se tromper ! En 2002, il évoquait déjà la nécessité d’un “supra-directeur” des écoles vétérinaires pour faire le lien entre elles, pour coordonner plus efficacement la formation initiale. Un sujet d’actualité en 2016 ! Et les exemples comme celui-ci sont légion.

 

Un grand bonhomme

rene-baillyForce est de constater que René Bailly aura été le plus grand syndicaliste vétérinaire, un homme œuvrant pour le bien commun. Selon lui, « l’association [était] une expérience particulièrement enrichissante et l’individualisme une “masturbation intellectuelle” ». Il ne pouvait rester dans sa clinique sans participer à la construction de la “grande maison” vétérinaire. Toute sa vie il a voulu apporter sa pierre à l’édifice. C’est probablement aussi pour cette raison qu’il a su préparer sa mise en retrait de la politique vétérinaire avec autant de brio et d’anticipation, assurant la continuité, la construction de la profession indépendamment de l’homme placé à sa tête. Ce qui, pour un animal politique qui a œuvré pendant 30 ans pour le syndicalisme, relève d’une exceptionnelle humilité.

Concernant l’avenir du Syndicat national des vétérinaires d’exercice libéral (SNVEL), n’avait-il pas dit, lors de son départ de la présidence, que « la continuité dans le changement est nécessaire à son fonctionnement, utile à la profession vétérinaire » ? Et d’ajouter : « Certes, des ruptures apparaîtront. Je crains malheureusement que certains s’imaginent pouvoir exploiter leurs visions. Souhaitons qu’elles ne soient pas rétrogrades. »

Ses qualités étaient reconnues de tous : travailleur, confraternel et bienveillant, aura-t-il eu dans sa vie un adversaire qui n’aura pas fait l’éloge de l’animal politique, de l’homme ? Sa devise : « Foncer, se battre pour ne pas regretter. Ne pas se tromper, ne pas défendre les mauvaises causes, ne jamais mépriser ses adversaires. » Il se sera employé à l’appliquer une dernière fois, ces 15 derniers mois, avec un courage et la force de caractère que tous lui connaissent. Un combat qu’il a mené avec lucidité, dignité et discrétion.

 

Pour une unité du syndicalisme vétérinaire

Praticien dès 1968 à Fontenay-sous-Bois, René Bailly dirige rapidement la commission fiscale du Syndicat des vétérinaires de la région parisienne (SVRP), en pleine tourmente sur la TVA et les relations conflictuelles avec l’administration fiscale. Son premier fait d’armes est la création d’une réplique juridico-fiscale pour défendre ses confrères. Il arpente le terrain pour les aider. En 1975, il devient secrétaire général du Syndicat national des vétérinaires urbains (SNVU). Il le présidera d’une main de fer, créant ainsi en 12 ans une véritable force pour défendre les intérêts de sa profession. Il intentera une douzaine de procès à la DGCCRF qu’il gagnera jusqu’en Cassation, voire jusqu’à la Cour européenne de justice.

Dès 1984, il se lance dans la rédaction de la première convention collective de la filière, celle des auxiliaires, tout en défendant (déjà) le dossier sur le médicament vétérinaire. Il doit cependant faire face à un autre syndicat, celui des vétérinaires ruraux, qui décide de passer rapidement à la TVA, contre les intérêts des praticiens canins. Lors du congrès de Nantes, les syndicalistes se rendent compte de leur faiblesse due à une trop grande dispersion. L’unité est en marche. Elle se concrétisera au début des années 90, avec la création d’un syndicat unique des vétérinaires praticiens : le SNVEL. Il en quittera la présidence en novembre 2002, après deux mandats.

 

L’identification des carnivores domestiques

Durant l’alternance politique de 1986-1988, René Bailly obtient l’autorisation de racheter le fichier national félin, alors géré par une entreprise privée. Il deviendra rapidement celui des carnivores domestiques (sauf les chiens). Au début des années 90, la puce électronique arrive en Europe. Alors que la Société centrale canine (SCC) la rejette en bloc, fière de son tatouage, René Bailly propose que la profession vétérinaire la teste cette méthode d’identification puis en fasse la promotion. S’ouvre alors un conflit ouvert entre la profession vétérinaire et la SCC, ainsi qu’avec la fondation Assistance aux animaux qui rejoint le lobby des chasseurs pour contrer l’expansion du SNVEL et peser sur la survie de ses dispensaires.

René Bailly sera l’objet de nombreuses attaques, souvent de bas niveau. Il ne connaîtra pas la paix sur ce dossier, qui ne se refermera qu’à la fin des années 2000 quand la SCC comprendra qu’elle ne peut plus défendre le Minitel (tatouage) contre Internet (puce). Le SNVEL achètera cette paix en lui accordant un intéressement significatif. En une décennie, René Bailly a ainsi réussi à non seulement ramener l’acte d’identification dans le giron des vétérinaires, mais a également investi sur l’avenir avec les micropuces !

 

Le droit social, son cheval de bataille

C’est le premier dossier qu’a récupéré René Bailly : la gestion de la convention collective des salariés non vétérinaires. Il a dû se former, créer des contacts avec les partenaires sociaux pour développer le droit du travail dans les structures vétérinaires. À cette époque-là, le contrat de travail écrit n’était pas obligatoire. Dès 1988, il s’investit dans la formation des auxiliaires vétérinaires et signe une collaboration historique avec le CNFA d’Aix-en-Provence. On connaît ensuite le succès des formations de ce qui est devenu entre-temps le Gipsa (aujourd’hui AP Form).

En fin de mandat, René Bailly s’est lancé dans un ultime chantier : la rédaction de la convention collective des vétérinaires salariés, un dossier qui aboutira sous la présidence de son successeur, Rémi Gellé.

 

Nous perdons en René Bailly un homme qui nous est cher, et qui a œuvré pour le bien commun. Nos pensées vont aujourd’hui à son épouse et à ses enfants, à qui nous adressons nos plus sincères condoléances. Il restera pour toujours proche de nous.

 

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