Recherche biomédicale : les capacités du rat-taupe nu fascinent la communauté scientifique

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Malgré un physique ingrat, le rat-taupe nu (ou hétérocéphale) est une énigme vivante qui enthousiasme les chercheurs. Originaire d’Afrique de l’Est, ce petit rongeur à la peau glabre et aux yeux atrophiés, doté de dents proéminentes, vit sous terre une trentaine d’années, soit dix fois plus qu’une souris ordinaire, et en bonne santé. Rapporté à l’échelle humaine, cela équivaut à une espérance de vie de quelque 600 ans… Percer le secret de sa longévité, mais aussi de son étonnante résistance aux maladies, permettrait de mieux comprendre les mécanismes du vieillissement chez l’homme et les nombreuses affections cancéreuses. Pour poursuivre les recherches sur le rat-taupe, des fonds seront recueillis lors d’un gala organisé ce soir, à Paris, par la Fondation pour la recherche en physiologie*.

 

rat taupe nu fondationPour la nouvelle fondation basée en Belgique, décrypter l’énigme du rat-taupe nu, c’est résoudre l’équation du cancer, des maladies cardio-vasculaires, des maladies neuro-dégénératives et de l’ensemble des affections humaines liées au vieillissement. Car ce modèle animal unique, proche de l’homme (99 % de gènes communs), ne présente aucun signe de vieillissement physique ou cérébral et reste fertile jusqu’à sa mort. Nulle maladie, y compris le cancer, ne semble l’affecter et son métabolisme est extrêmement résistant au manque d’oxygène (40 minutes sans dommage cérébral, versus 2 minutes chez la souris). En outre, son organisme élimine systématiquement les tumeurs cancéreuses implantées expérimentalement, pourtant mortelles chez la souris. De même, exposé à des produits chimiques toxiques, le rat-taupe ne développe aucun cancer… Enfin, il est poïkilotherme, comme les amphibiens, une exception chez les mammifères.

Autre singularité, ce rongeur vit en colonies dotées d’une organisation sociale proche de celle des insectes, comme les fourmis ou les termites. Sa capacité de reproduction est hors du commun. Pourtant, une seule femelle procrée, tandis que les soldats et les ouvriers s’adonnent à leurs tâches respectives au sein de la colonie. La reine, plus grosse et plus longue que ses congénères, est despotique et harcèle en permanence ses troupes. C’est elle qui choisit son ou ses rois (entre un et trois mâles). Et sa fertilité augmente avec l’âge !

Ainsi, le rat-taupe possède des mécanismes uniques, que l’on ne retrouve pas chez les autres animaux : un mystérieux phénomène biochimique leur permet de vivre très longtemps en parfaite santé, d’échapper aux cancers, de faire barrage aux produits chimiques toxiques, d’ignorer les stimuli douloureux, etc.

Pour explorer plus avant les défenses naturelles de cet animal singulier, la nouvelle fondation organise, ce lundi, un événement destiné à récolter les fonds nécessaires à la mise en œuvre des travaux de recherche. L’objectif est de mettre en lumière les mécanismes de protection du rat-taupe nu, pour mieux prévenir les maladies cardio-vasculaires, la maladie d’Alzheimer, et les cancers chez l’homme, deuxième cause de mortalité dans le monde.

Hervé Gomichon est le seul vétérinaire membre du conseil scientifique de la fondation. Il préside en outre le conseil d’administration de l’école vétérinaire d’Alfort, qui détient l’unique colonie de rats-taupes en France : une centaine d’individus, cédés par une chercheuse sud-africaine à la retraite, devraient notamment permettre de faire progresser la recherche en physiologie comparée, notamment sur le cancer.

 

* http://fondationphysiologie.org/objectifs-et-missions-de-la-fondation/

 

 

 

 

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