Projet VeTerrA, ou comment faire revenir les vétérinaires ruraux dans les campagnes durablement

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Le projet de recherche “vétérinaires et territoires ruraux attractifs” (VeTerrA) est né d’un constat : le nombre de vétérinaires exerçant en pratique rurale ne cesse de se réduire, en France mais aussi dans d’autres pays d’Europe et du monde. Selon une étude ordinale menée en Rhône-Alpes, 15 % des structures vétérinaires rurales dédiées aux soins aux animaux de rente ont disparu entre 1999 et 2010. Pour enrayer cette désaffection, VeTerrA s’est penché sur les conditions susceptibles de favoriser l’installation durable de praticiens ruraux dans le Massif central. Au-delà du problème de renouvellement des générations et du changement de profil des étudiants vétérinaires, l’image plus ou moins attractive qu’ont ces derniers des territoires ruraux joue un rôle clé dans leur choix de carrière. Les chercheurs préconisent donc d’intégrer dans leur cursus la découverte du métier en milieu rural, voire la vie à la campagne…

 

L’ambition du projet de recherche-formation-action VeTerrA, porté depuis deux ans par l’UMR Métafort* à VetAgro Sup, est de lutter contre cette désaffection des vétérinaires pour les espaces ruraux. La démarche mise en œuvre vise à mieux cerner l’offre de soins vétérinaires en zone rurale et à proposer des pistes innovantes pour et avec les territoires de l’ensemble du Massif central (Auvergne, Bourgogne, Languedoc-Roussillon, Limousin, Midi-Pyrénées, Rhône-Alpes). Pour cela, il a fallu croiser les disciplines (géographie, économie, zootechnie, sciences politiques et de l’éducation) et les points de vue des acteurs concernés (vétérinaires, éleveurs, décideurs publics, chercheurs, enseignants-chercheurs, étudiants).

VeTerrA SalersSi le constat de la désertification vétérinaire dans certaines zones rurales ou certains types d’élevage a fait l’objet de trois rapports ministériels (Guéné en 2008, Vallat en 2009, Le Bail en 2010), le problème est finalement peu pris en considération par l’État, à l’inverse de la question des déserts sanitaires en santé humaine. Pourtant, la moindre attractivité de la filière rurale est une réalité pour la profession vétérinaire depuis les années 80, qui n’est toutefois pas parvenue à objectiver cette pénurie de praticiens en milieu rural.
Il faut dire que les bases de données existantes (Ordre, Insee) ne permettent pas d’obtenir une vision précise, sur le long terme et à l’échelle d’un bassin de vie, de l’évolution du nombre de vétérinaires ruraux, ni de délimiter les zones déficitaires. Un tel zonage nécessite en effet de comparer l’offre et la demande de soins, mais aussi de fixer des seuils à partir desquels il y a, ou non, déficit. L’absence d’indicateurs fiables alimente en outre le manque de visibilité du problème, par ailleurs faiblement médiatisé.

C’est là que les propositions méthodologiques de VeTerrA interviennent. À partir de la base de données de l’Ordre, une analyse statistique et cartographique a été menée, en parallèle avec une enquête qualitative qui a exploré les diversités (des territoires, des systèmes d’élevage, des relations vétérinaires-éleveurs, des enjeux de développement) au sein du Massif central et croisé plusieurs critères de disponibilité (densité, distance à parcourir, indice de gravité). Il en ressort que la base de données ordinale pourrait être optimisée pour définir et repérer les déserts vétérinaires, dans une perspective d’objectivation et de suivi. D’autres préconisations concernent les pouvoirs publics.

Les vétérinaires ruraux en exercice interrogés affichent des trajectoires professionnelles plutôt homogènes, qui débutent par deux ou trois ans de salariat à la sortie de l’école, suivis par une installation vers la trentaine. Le choix du lieu pour s’installer repose essentiellement sur des considérations professionnelles, comme les caractéristiques des élevages. L’attractivité des territoires ou des populations, si elle est parfois évoquée, ne constitue pas un facteur déterminant. Le plaisir au travail est relié aux relations avec les éleveurs, très différentes de la canine, au contact avec les animaux de rente, au sentiment de liberté et à l’intérêt intellectuel renouvelé de l’analyse médicale et du diagnostic. Les préoccupations, quant à elles, concernent surtout l’avenir économique du secteur de l’élevage, le débat sur la délivrance du médicament et la montée de la concurrence des autres intervenants (contrôleur laitier, inséminateur, etc.).

Contrairement aux vétérinaires en exercice, chez les étudiants, les représentations de l’hétérogénéité des territoires ruraux jouent un rôle clé dans le choix de la pratique rurale. Les stages sont le principal élément qui détermine leur installation en milieu rural. Cependant, des contextes locaux peuvent avoir un effet attractif (zones AOP laitières) ou répulsif (isolement par rapport aux services). Parmi les outils pédagogiques proposés aux étudiants pour apprendre à lire et à analyser un territoire, un dispositif innovant a été conçu et testé à VetAgro Sup. Son but est d’accroître leurs capacités à appréhender et à décrire un territoire d’installation potentiel. Ce jeu pédagogique devrait être utilisé dans d’autres écoles vétérinaires, comme Oniris à Nantes, le Royal Veterinary College de Londres, l’école vétérinaire d’Utrecht. Il a par ailleurs été proposé à des acteurs agricoles, des vétérinaires et des collectivités territoriales en Lozère, pour les aider à réfléchir et à anticiper l’installation de praticiens sur leur territoire. C’est un autre usage possible des outils pédagogiques constitués dans le cadre du projet VeTerrA.

 

* Unité mixte de recherche “Mutations des activités, des espaces et des formes d’organisation dans les territoires ruraux”, novembre 2013 à novembre 2015.

http://veterra.vetagro-sup.fr/wp-content/uploads/2014/02/supports-presentation-resultats.pdf

 

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