Pollinisation des cultures : la contribution des abeilles sauvages est en majorité le fait d’espèces communes

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Globalement, la contribution économique des abeilles sauvages à la pollinisation des cultures se chiffre en milliards, selon une étude* publiée le 16 juin 2015. Elle compile les données de plus de 90 études menées dans 1 394 champs cultivés sur les cinq continents. Au total, plus de 73 000 abeilles de quelque 785 espèces ont été suivies. Il en ressort que 2 % seulement des espèces sauvages (notamment Bombus impatiens aux États-Unis, Bombus lapidarius en Europe) assurent la pollinisation de 80 % des cultures dans le monde. Les autres espèces restent importantes pour l’écosystème, mais sans valeur économique pour la production agricole.

 

Les services écosystémiques sont devenus un argument clé pour la conservation de la biodiversité, en déclin partout dans le monde. Cependant, la question de leur rentabilité sur un plan économique pour l’homme reste à clarifier, face aux coûts engagés pour la conservation des espèces. Lorsque le profit économique des services écosystémiques est le principal facteur d’une politique de conservation, l’action la plus efficace consiste à préserver les espèces qui fournissent le meilleur rendement, à plus ou moins brève échéance. Mettre l’accent sur la conservation des services fournis par les pollinisateurs, abeilles en tête, peut donc conduire à des stratégies de gestion qui profitent principalement à un ensemble limité d’espèces, celles qui assurent actuellement en majorité la pollinisation des cultures.

Bombus lapidarius 2En effet, cette étude montre que si la contribution économique des abeilles sauvages à la production agricole est importante (en moyenne 2 645 € par hectare cultivé), ce service écosystémique est dominé par un petit nombre d’espèces répandues, quelles que soient les régions biogéographiques considérées, tandis que les espèces menacées sont rarement observées sur les cultures. Or si des mesures simples de conservation suffisent pour préserver les nombreux pollinisateurs qui prédominent dans l’agriculture, elles sont insuffisantes pour soutenir les espèces rares. Ainsi, selon les auteurs, la prestation de service écosystémique, en l’occurrence la pollinisation, n’est donc pas suffisante pour servir d’argument général à la conservation de la diversité biologique des abeilles.

En moyenne, les colonies d’abeilles sauvages ont contribué à hauteur de 2 870 € par hectare à la production des 1 394 cultures étudiées, soit une contribution similaire à celle des abeilles domestiques (2 570 €).
Au cours des 90 études, un total de 73 649 abeilles de 785 espèces différentes ont visité les champs cultivés. Bien que ce chiffre soit impressionnant, cela ne représente que 12,6 % du nombre d’espèces recensées dans les pays où ces études ont été menées. Et si l’on ne retient que les espèces d’abeilles qui affichent un pourcentage de fréquentation des cultures de 5 % au minimum dans chacune des études, ce taux chute à 2 %. Et pourtant, ces 2 % d’espèces sauvages contribuent à la pollinisation de 80 % de l’ensemble des cultures étudiées dans le monde.

Au final, il apparaît que les espèces de pollinisateurs qui prédominent dans les cultures sont les plus répandues et abondantes dans les paysages agricoles en général. Une minorité d’espèces d’abeilles communes assure la plupart des services de pollinisation des cultures. Ainsi, une approche de conservation strictement fondée sur les services écosystémiques ne profiterait pas aux espèces rares, qui bénéficieraient davantage des actions de conservation traditionnelles visant les espèces en danger dans leur aire de répartition. L’intensification agricole est un facteur important du déclin des abeilles. Il n’est donc pas surprenant que, dans les paysages agricoles, les espèces en danger contribuent peu à la pollinisation, et profitent peu des mesures générales de conservation. Pour être efficaces, ces mesures devraient donc cibler ces espèces d’abeilles et leurs habitats, et non se focaliser sur la pollinisation des cultures. Il convient de faire cette distinction pour que les décideurs ou les agriculteurs acceptent de défendre les espèces sans valeur économique clairement définie pour l’homme.

 

* http://www.nature.com/ncomms/2015/150616/ncomms8414/full/ncomms8414.html

 

 

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