Péritonite infectieuse féline : un traitement antiviral humain prometteur contre la PIF chez le chat

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L’émergence de maladies exotiques chez l’homme, telles que le virus Ebola ou encore le syndrome respiratoire aigu sévère (Sras), a intensifié la recherche sur la réplication des virus à ARN humains et la mise au point de nouveaux traitements antiviraux. Ces travaux profitent aujourd’hui à la médecine vétérinaire. Ainsi, la péritonite infectieuse féline (PIF), une maladie similaire à une infection virale humaine, bénéficie du développement d’un traitement antiviral prometteur chez l’homme (Remdesivir, GS-5734). Des chercheurs vétérinaires ont testé avec succès l’innocuité et l’efficacité d’un analogue nucléosidique proche, le GS-441524, chez des chats atteints de PIF.

 

La péritonite infectieuse féline, une maladie virale contagieuse qui touche essentiellement les chatons, est presque toujours mortelle. Selon les estimations, elle tue jusqu’à 1,4 % des chats atteints dans le monde. Le coronavirus impliqué, un virus à ARN, se transmet par voie oro-fécale et est particulièrement difficile à contrôler et à diagnostiquer. Présent dans la quasi-totalité des collectivités (chatteries, refuges, élevages), il est excrété par plus de 60 % des chats qui vivent en groupe. En l’absence d’un vaccin efficace, le seul espoir thérapeutique réside dans les médicaments antiviraux.

Le GS-5734, un médicament antiviral à petites molécules ciblant des protéines spécifiques impliquées dans la réplication du virus à ARN, est l’un des traitements les plus prometteurs contre les virus émergents chez l’homme. Des études ont démontré son efficacité dans la prévention du virus Ebola chez les singes rhésus et dans l’inhibition des coronavirus à la fois dans des modèles de culture tissulaire et d’infection chez la souris.

Ces résultats ont attiré l’attention de chercheurs vétérinaires aux États-Unis, dirigée par le Pr Niels C. Pedersen (université de Californie à Davis) qui étudie la nature complexe de la PIF depuis plus de cinquante ans. Dans une étude initiale, induisant une PIF expérimentale, l’équipe a montré que le GS-5734 et son parent nucléosidique le GS-441524 étaient d’une efficacité comparable contre l’infection féline. Des tests supplémentaires avec le GS-441524 seul, moins complexe sur le plan chimique, ont été menés chez des chats en laboratoire. Les résultats, qui font état d’une haute efficacité du GS-441524 contre la PIP induite expérimentalement, ont ouvert la voie à un essai clinique mené sur le terrain chez des chats naturellement atteints de PIF.

Sur les 31 chats inclus dans l’étude, 26 ont terminé le traitement d’une durée minimale de 12 semaines et 5 sont morts ou ont été euthanasiés en raison de complications. La réponse clinique chez ces 26 chats a été spectaculaire : la fièvre a baissé en 12 à 36 heures, accompagnée d’une nette amélioration de l’appétit et du niveau d’activité, ainsi que d’un gain de poids significatif (de 20 à 120 % selon les mesures pendant et après le traitement). De même, chez ces 26 chats présentant la forme la plus courante de PIF, dite humide, les épanchements abdominaux ont rapidement disparu, dès 10 à 14 jours après le début du protocole.

Sur les 26 chats traités, 18 n’ont nécessité aucun traitement supplémentaire. Cependant, 8 autres chats ont présenté une récidive de la maladie dans les 3 à 84 jours (moyenne 23 jours), mais ils ont tous bien réagi à un schéma posologique plus élevé. Au total, 25 des 26 chats traités ont présenté une rémission durable de la PIF, bien que l’un d’eux soit mort par la suite d’un trouble cardiaque congénital sans lien avec la maladie.

De manière encourageante et quelque peu inattendue, les chats atteints de PIF sèche et les chats plus âgés ont également bien répondu au traitement par le GS-441524, comme les chats atteints de PIF exsudative et les chatons. Le profil de sécurité du GS-441524 est, lui aussi, impressionnant. Aucun signe systémique de toxicité n’a été observé sur la durée totale du traitement, comprise entre 12 et 30 semaines.

Jusqu’à récemment, les perspectives de guérison pour les chats atteints de PIF étaient quasi nulles, aucun traitement n’ayant prouvé son efficacité. Les chats qui développaient la maladie mouraient inévitablement en quelques jours, semaines ou mois. Aujourd’hui, les chercheurs sont nettement plus optimistes. Deux médicaments antiviraux sûrs et efficaces ont fait leurs preuves, dépassant même les attentes, et montrent que la PIF, quelle que soit la forme de la maladie, peut être traitée à l’aide d’analogues de nucléosides.

En effet, le GS-441524 est le deuxième médicament antiviral ciblé, après le GC376, à être évalué pour le traitement des chats atteints de PIF au cours des trois dernières années. Ces deux médicaments inhibent la réplication virale de deux manières très différentes. Si leurs résultats sont pratiquement identiques, l’efficacité du GS-441524 est apparue supérieure. À ce jour, 6 des 20 chats traités avec le GC376 demeurent en rémission, versus 25 sur 31 chats traités avec le GS-441524.

Grâce à ces essais, nous savons maintenant que de petites molécules ciblant des étapes spécifiques de la réplication du virus à ARN sont capables de guérir la PIF. Cependant, les résultats obtenus ne peuvent pas être immédiatement traduits en médicaments disponibles dans le commerce, au grand désespoir des propriétaires de chats atteints de PIF. Même si ces avancées sont prometteuses, il reste encore beaucoup à découvrir sur la péritonite infectieuse féline.

 

 

 

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