Parasites internes : les poissons de mer ne sont pas épargnés par les vers ronds

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Le nombre de vers parasites chez les poissons sauvages a été multiplié par 90. Cette augmentation du parasitisme entraîne des risques pour la santé humaine et les économies qui reposent sur la pêche. En particulier, les nématodes de la famille des Anisakidae (Anisakis et Pseudoterranova) colonisent les poissons de mer et peuvent provoquer une anisakidose chez l’homme. Des chercheurs de l’université de Washington à Seattle ont adopté une nouvelle approche afin de suivre la multiplication de ces parasites marins au fil du temps. Pour documenter l’évolution des infestations au cours des dernières décennies, ils se sont penchés sur les archives et les spécimens conservés au Burke Museum.

 

Les nématodes sont l’un des organismes les plus répandus sur la planète. Nombre d’entre eux sont parasitaires et vivent dans les tissus d’autres organismes. Chez les poissons sauvages de mer, ils sont en nette augmentation et responsables de l’anisakidose (ou anisakiase), une maladie parasitaire humaine provoquée par l’ingestion de certains poissons crus infestés. En France, les cas humains recensés sont rares (une dizaine par an), mais parfois sévères, entraînant une perforation de l’estomac ou une péritonite.

Face au risque de zoonose, des chercheurs américains ont étudié l’évolution à long terme de deux genres de vers parasites, les nématodes Anisakis et Pseudoterranova, qui infectent de nombreux animaux marins, notamment les poissons, les crustacés, les mollusques, les baleines et les phoques. L’équipe a constaté que le nombre moyen d’Anisakis par poisson avait été multiplié par 90 entre 1962 et 2015, et que celui de Pseudoterranova avait presque doublé entre 1978 et 2015. Cette augmentation conséquente de la charge parasitaire rend la consommation de fruits de mer et de poissons crus ou mal cuits davantage à risque aujourd’hui. Mais les vers ont également un impact non négligeable sur leurs hôtes marins, provoquant des maladies et des lésions organiques chez les poissons infestés.

Pour remonter encore plus loin dans le temps, l’équipe s’est penchée sur la collection de poissons conservés au musée de l’université de Washington, sorte de capsule temporelle où les parasites sont préservés avec leur hôte et toujours détectables. Il est ainsi possible de savoir à quoi ressemblaient les parasites issus d’un poisson datant de 1888 ! Quelque 300 carlottins anglais ont fait l’objet d’un examen parasitologique, et les chercheurs ont découvert une multiplication par huit du nombre de nématodes Clavinema mariae depuis les années 1930. Bien que ce parasite ne contamine pas l’homme, il affecte la valeur économique des produits de la pêche : personne ne veut consommer un poisson plein de vers. Quant à la prévalence passée de C. mariae chez les poissons sauvages, estimée d’après les archives, elle était en moyenne inférieure de 48,7 % à la prévalence actuelle.

Dans un contexte de changement rapide et spectaculaire du parasitisme, les données à long terme sur l’abondance des parasites sont essentielles pour élaborer la base de référence d’une gestion adaptée des ressources naturelles au sein des écosystèmes marins. Si les causes exactes de l’évolution de la charge parasitaire chez les poissons restent méconnues, les activités humaines ont probablement joué un rôle. Dans le cas de du carlottin anglais, par exemple, les eaux de ruissellement agricoles ont sans doute contribué à augmenter la population de copépodes, petits crustacés marins qui sont à la fois un hôte pour les nématodes et une source de nourriture pour les poissons.

Les parasites réagissent différemment aux changements de leur environnement. Par exemple, dans les zones où la pêche exerce de fortes pressions sur l’écosystème marin, les parasites dont le cycle de vie est complexe et inclut plusieurs hôtes ont tendance à diminuer, tandis que ceux dont le cycle de vie est plus simple tendent à augmenter. Mieux comprendre comment les changements environnementaux affectent les parasites, même ceux qui ne contaminent généralement pas l’homme, devrait permettre de prédire leur évolution future, ainsi que les répercussions d’une telle adaptation sur l’ensemble du réseau trophique en milieu marin.

La double approche de l’étude (échantillons et archives) a fourni des estimations cohérentes de la prévalence des parasites au fil du temps. Ces résultats suggèrent que l’examen des spécimens de musée est une méthode prometteuse pour reconstituer une chronologie détaillée des variations de l’abondance d’un parasite, utile pour caractériser avec davantage de précision les niveaux d’infestation de tel ou tel écosystème dans le passé, afin de mieux cibler la lutte antiparasitaire et adapter les politiques de gestion des ressources naturelles.

 

Pour en savoir plus :

https://www.anses.fr/fr/system/files/BIORISK2016SA0071Fi.pdf

 

 

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