Néonicotinoïdes : les effets nuisibles de ces pesticides vont bien au-delà des abeilles

Vetitude.fr | Le

 

Treize experts indépendants de l’European Academies’ Science Advisory Council (Easac) ont examiné plus d’une centaine d’études récentes relatives à l’impact des néonicotinoïdes sur les écosystèmes. Selon leur rapport*, remis à Bruxelles le 13 avril 2015, l’usage prophylactique de ces insecticides neurotoxiques a des « effets nocifs graves » sur les organismes non ciblés, comme les pollinisateurs, les prédateurs naturels des ravageurs et les habitants du sol.

 

D’après les experts européens de l’Easac, l’accent mis sur les abeilles domestiques a faussé le débat autour des néonicotinoïdes. Car les preuves s’accumulent : il est désormais avéré que leur utilisation généralisée a des répercussions néfastes sur une vaste gamme d’organismes qui fournissent des services essentiels à l’agriculture, comme la pollinisation et le contrôle naturel des ravageurs, ainsi que sur la biodiversité.

 

Les colonies d’abeilles domestiques décimées par les néonicotinoïdes ont focalisé l’attention, mais de nombreuses autres espèces de pollinisateurs, telles que les bourdons, les abeilles sauvages, les syrphes, les papillons et les mites ont également vu leurs effectifs décliner dans toute l’Europe au cours des dernières décennies. Protéger les abeilles n’est donc pas suffisant pour assurer une agriculture durable.

Des études montrent en outre que la diversité des pollinisateurs peut améliorer le rendement des cultures ou la qualité des fruits. Rétablir et maintenir cette diversité est donc capital pour les terres agricoles, mais aussi pour la végétation naturelle.

 

Red admiralMais l’agriculture intensive est devenue dépendante des néonicotinoïdes, ses promoteurs faisant valoir que leur retrait aurait de graves implications tant sur le plan économique qu’en termes de sécurité alimentaire. Cependant, l’Easac note que des travaux récents remettent en question les avantages du traitement systématique des semences contre les ravageurs. Dans certains cas en effet, le recours aux néonicotinoïdes a même aggravé les problèmes d’infestations en éliminant les insectes qui jouent le rôle d’antiparasitaires naturels.

La pratique d’un usage prophylactique de ces insecticides est en outre incompatible avec les principes de base de la gestion intégrée des ravageurs adoptée par l’Union européenne en 2009**.

 

Comme l’Easac le reconnaît, tous les pesticides impliquent un équilibre entre l’effet désiré sur la production alimentaire et le risque de dommages collatéraux pour les espèces non cibles et l’environnement. Dans le cas des néonicotinoïdes, l’évolution des connaissances scientifiques au cours des deux dernières années exige une réévaluation de cette balance bénéfices-risques. Leurs effets sublétaux, notamment, sont à prendre en compte dans les procédures d’approbation de produits phytosanitaires au sein de l’Union.

La Commission européenne doit ainsi réexaminer, à la lumière des conclusions de ce rapport, sa décision d’interdire l’utilisation de trois néonicotinoïdes (clothianidine, imidaclopride et thiaméthoxam) adoptée en mai 2013 pour protéger les abeilles. Le fipronil fera également partie de ce réexamen.

 

Les risques plus larges et à plus long terme pour l’environnement et la viabilité de l’agriculture doivent être envisagés en même temps que les répercussions à court terme pour l’économie et la sécurité alimentaire, conclut l’Easac.

 

* Ecosystem services, agriculture and neonicotinoids, Easac, avril 2015, http://www.easac.eu/fileadmin/Reports/Easac_15_ES_web_complete_01.pdf

** Directive 2009/128/CE du Parlement et du Conseil européens, 21/10/2009, établissant un cadre d’action communautaire pour parvenir à une utilisation durable des pesticides.

 

 

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