Médecine vétérinaire et humaine : la kétamine injectable classée comme stupéfiant en France

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Par arrêté, la kétamine est désormais inscrite sur la liste des stupéfiants. Ce classement aura pour conséquence d’en limiter l’accès, tant en médecine vétérinaire qu’humaine. Dès le 24 avril 2017, les préparations injectables de ce médicament seront soumises à la réglementation qui s’applique aux stupéfiants, notamment la prescription sur une ordonnance sécurisée et la traçabilité des entrées et des sorties sur un registre spécial. C’est pourtant le seul anesthésique et antidouleur disponible et largement utilisé pour traiter petits et grands animaux dans le monde entier. Sa mise sous contrôle compromet ainsi l’usage médical de la kétamine, et aura un impact significatif et négatif sur le bien-être des animaux.

 

ketamineFace à l’augmentation de son usage comme drogue récréative, à la hausse du trafic et des cas d’abus, ainsi qu’aux résultats du dernier bilan de l’addictovigilance, le ministère de la Santé a décidé d’inscrire les préparations injectables à base de kétamine sur la liste des substances classées comme stupéfiants, rejoignant ainsi la kétamine et ses sels. Cette nouvelle mesure, entérinée par l’arrêté du 19 janvier 2017*, entrera en vigueur dans trois mois, le 24 avril prochain.

Contrairement à de nombreuses organisations** de vétérinaires et de médecins dans le monde entier, fortement mobilisées pour défendre l’usage médical de la kétamine injectable, les deux agences nationales du médicament humain (ANSM) et vétérinaire (ANMV) étaient favorables au classement de la kétamine dans la catégorie des médicaments réglementés. En décembre 2014, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) avait également émis un avis*** favorable à ce classement et recommandé la mise en place d’une information préalable de la profession vétérinaire, des opérateurs industriels et de la distribution.

Pourtant, en regard de ses indéniables bénéfices médicaux, le risque pour la santé publique induit par l’usage illicite et détourné de la kétamine au niveau mondial ne constitue pas une menace susceptible de justifier son inscription à un tableau. Ainsi, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ses bienfaits l’emportent de loin sur le préjudice pouvant résulter de son utilisation récréative. Ce médicament, souvent le seul agent anesthésique disponible dans la plupart des pays en développement, est également utilisé pour la gestion de la douleur. Depuis 1985, la kétamine est inscrite sur la liste des médicaments essentiels de l’OMS et, récemment, son utilisation « pour la sédation des enfants et des adultes » a été décrite.

Mais depuis plusieurs années, l’Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS) attire l’attention des États sur l’abus et le trafic international de kétamine et l’Organisation des Nations unies (ONU) a voté plusieurs résolutions pour renforcer le contrôle de cette substance.

En France, les premiers cas d’abus remontent à 1992. Depuis, ce médicament fait l’objet d’une surveillance qui a conduit, en 1997, à inscrire la kétamine et ses sels sur la liste des stupéfiants. Les préparations injectables, restées sur la liste I des substances vénéneuses, ont ensuite été soumises à une partie de la réglementation des stupéfiants, impliquant l’obligation de déclaration de vol en 2001, puis l’obligation de stockage sécurisé dans des armoires ou des locaux fermés à clé en 2003. À partir du 24 avril 2017, il faudra ajouter à ce protocole réglementaire la prescription sur une ordonnance sécurisée et la traçabilité des entrées et des sorties sur un registre dédié.

Le dernier bilan d’addictovigilance, fondé sur les données fournies par les Centres d’évaluation et d’information sur la pharmacodépendance, montre une augmentation du nombre des abus de consommation et des saisies depuis 2002.

Dans l’Union européenne, un contrôle spécifique de la kétamine est en place dans 17 pays. Elle est classée sur la liste des stupéfiants dans 4 pays et sur la liste des psychotropes dans 9 pays.

 

* Arrêté du 19 janvier 2017 modifiant l’arrêté du 22 février 1990 fixant la liste des substances classées comme stupéfiants, paru au JO du 26 janvier 2017, https://www.legifrance.gouv.fr/eli/arrete/2017/1/19/AFSP1701887A/jo/texte/fr

** Notamment la World Veterinary Association (WVA), la Federation of Veterinarians of Europe (FVE), la World Small Animal Veterinary Association (Wsava), l’American Veterinary Medical Association (Avma), la World Medical Association (WMA), etc.

*** https://www.anses.fr/fr/system/files/ANMV2014sa0246.pdf

 

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