Leishmaniose canine : des progrès en termes de diagnostic et de gestion de la maladie sur le terrain

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Une revue des études publiées sur la leishmaniose viscérale canine se concentre sur les méthodes actuelles de diagnostic sérologique et moléculaire utilisées par la recherche épidémiologique et la médecine vétérinaire pour diagnostiquer l’infection par Leishmania infantum, incluant de nouveaux tests rapides (tests POC) en cours de développement. L’efficacité des différents protocoles thérapeutiques, en termes d’amélioration clinique et d’infectiosité des chiens, est passée en revue, et les mesures de contrôle de la maladie sont évaluées.

 

Les chiens sont les principaux hôtes réservoirs de Leishmania infantum et jouent par conséquent un rôle majeur dans le cycle de transmission de la leishmaniose, qui affecte également l’homme. Cette revue fournit des informations à jour sur les outils sérologiques et moléculaires actuels, les tests de diagnostic et les traitements mis en œuvre pour prévenir l’infection et le développement de la maladie.

Les tests sérologiques POC (point of care : au plus près du patient) disponibles utilisent des antigènes recombinants validés. La plupart permettent de tester le plasma, le sérum, le sang total ou le sang. Si la spécificité des kits commerciaux actuels est généralement élevée (plus de 90 %), leur sensibilité peut être très variable (30 à 90 %), ce qui est préoccupant en regard des applications cliniques et épidémiologiques. Le défi concernant ces tests rapides est d’améliorer leur capacité à différencier les chiens cliniquement sains, mais infectés et vaccinés.

En Europe, le traitement de la leishmaniose viscérale canine est presque exclusivement limité à l’utilisation d’antimoniate de méglumine (dérivé d’antimoine pentavalent). La posologie recommandée (35 à 50 mg/kg par voie sous-cutanée deux fois par jour pendant 4 à 6 semaines) montre une bonne efficacité clinique, mais sans éliminer l’infection. Les chiens atteints répondent mieux à l’association avec l’allopurinol, avec une bonne récupération clinique et une amélioration des anomalies hématologiques et biochimiques. L’administration d’allopurinol (10 mg/kg par voie orale deux fois par jour), pendant 6 à 12 mois après un traitement antimonial, conduit à une rémission clinique à long terme chez les chiens traités.

D’autres médicaments, tels que la miltéfosine (à la dose de 2 mg/kg par voie orale une fois par jour pendant 4 semaines) en association avec l’allopurinol, sont efficaces chez les chiens infectés naturellement. D’autres encore, étudiés in vivo ou in vitro (comme l’aminosidine, la pentamidine, l’enrofloxacine et la marbofloxacine), nécessitent des essais cliniques contrôlés. Certains d’entre eux pourraient être utilisés comme alternative lorsque le traitement de première intention échoue ou que la fonction rénale est altérée. Une nouvelle tendance thérapeutique combine des médicaments parasiticides-parasitostatiques et des immunomodulateurs visant à réduire la charge parasitaire et à établir une réponse immunitaire appropriée. Néanmoins, la plupart des chiens restent infectés et peuvent rechuter, devenant infectieux pour leurs congénères sains et les autres hôtes, notamment l’homme. Toutefois, traiter les chiens malades dans les zones endémiques réduit le degré d’infectiosité, diminuant ainsi les risques pour l’homme et les autres chiens.

Le xénodiagnostic est la meilleure alternative pour déterminer l’infectiosité du chien après traitement, mais cette méthode ne peut être utilisée que dans des centres de recherche spécialisés. C’est toutefois un outil utile pour évaluer la charge infectieuse des chiens traités avec de nouveaux médicaments et/ou de nouveaux schémas thérapeutiques.

Pour prévenir et contrôler la leishmaniose viscérale canine, plusieurs stratégies coexistent (insecticides répulsifs, vaccination ou immunomodulation). Leur efficacité a été évaluée par des revues systématiques récentes et des méta-analyses. Au final, les répulsifs (deltaméthrine, perméthrine, fluméthrine, fipronil) et les médicaments prophylactiques (dompéridone) ont tendance à réduire la proportion de chiens infectés par L. infantum. Côté vaccination, des essais cliniques randomisés sont nécessaires pour établir clairement l’efficacité des vaccins. Reste aussi à démonter que ces stratégies fonctionnent au niveau des populations. Certaines (colliers ou spot-on) sont particulièrement irréalistes dans les pays en développement. De plus, dans ces pays, les chiens errants ne sont pas ciblés et peuvent devenir des réservoirs d’infection. Comme pour d’autres zoonoses, la gestion de la population de chiens errants devrait faire partie de tout programme de lutte contre la leishmaniose viscérale canine.

L’abattage des chiens infectés, recommandé comme une stratégie de lutte dans de nombreux pays où la maladie est endémique, montre une efficacité faible à modérée dans un essai randomisé au Brésil. L’élimination des chiens seuls n’est pas efficace dans les zones de contamination élevée et génère des conflits sociétaux. Dans les pays développés, les chiens infectés sont soumis à différents protocoles de traitement qui améliorent l’état clinique, mais sans éliminer l’infection par L. infantum.

Aujourd’hui, les vétérinaires et les propriétaires de chiens disposent de plusieurs solutions pour réduire les risques d’infection, notamment les répulsifs qui restent les principaux outils de prévention, comme en témoignent les études en laboratoire et sur le terrain. Il est cependant urgent de valider des tests moléculaires POC qui pourraient être utilisés en clinique et sur le terrain, mais aussi de mettre au point de nouveaux vaccins capables de réduire le risque de développement de la maladie et le degré d’infectiosité des chiens vaccinés.

 

 

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