Influenza aviaire: le virus H7N9 HP se révèle à la fois létal et transmissible chez un modèle animal infecté

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En 2013, des virus grippaux H7N9 jamais détectés auparavant ont commencé à circuler chez les volailles en Chine. Faiblement pathogènes, ils ont ensuite évolué et provoqué plusieurs épisodes épidémiques chez l’homme et, à la fin de l’année 2016, le nombre de cas humains d’infection par le virus de l’influenza aviaire H7N9 a affiché une hausse sensible. Fin juillet 2017, quelque 1 600 personnes ont été testées positives pour le virus H7N9, et près de 40 % des personnes infectées sont décédées. L’émergence des virus H7N9 de l’IAHP représente une menace potentielle pour la santé publique, en particulier si ces virus acquièrent une transmissibilité interhumaine renforcée.

 

En début d’année, Yoshihiro Kawaoka, professeur à l’école vétérinaire de l’université américaine du Wisconsin-Madison, a reçu un isolat du virus H7N9 prélevé chez un patient chinois décédé de la grippe. Avec son équipe de recherche, il a commencé à l’étudier pour le caractériser et évaluer son potentiel pandémique. Les premiers résultats viennent d’être publiés dans Cell Host & Microbe.

Pour la première fois, cette équipe a identifié une souche du virus de l’influenza qui est d’une part transmissible chez le furet (le meilleur modèle animal pour l’infection grippale humaine), et d’autre part mortelle, à la fois chez les animaux infectés en laboratoire et chez les furets sains exposés in vivo. Selon Kawaoka, il s’agit des premiers cas de transmission d’un virus aviaire hautement pathogène entre furets, mortel de surcroît. Une menace potentielle pour la santé humaine.

Le virus grippal a évolué pendant plusieurs années avant de devenir pathogène chez les volailles. Il était difficile à détecter car, contrairement à d’autres virus influenza comme le H5N2, l’infection aviaire par le H7N9 n’est pas mortelle. Le virus est resté silencieux, passant de poulet en poulet et, parfois, infectant les hommes en contact avec les oiseaux.

Les virus grippaux sont bien connus pour leur propension à s’adapter. Chaque nouvelle infection d’un hôte génère de petits changements dans les génomes des virus influenza. Parfois, ces mutations se produisent dans des régions clés et conduisent à des altérations significatives du virus d’origine : il devient alors capable d’infecter de nouveaux hôtes, de les rendre malades, d’engendrer une forme de la maladie plus sévère, et de résister aux traitement antiviraux couramment utilisés.

Kawaoka et son équipe ont observé ce phénomène lors de l’analyse de l’isolat du patient décédé qui, de son vivant, avait été traité avec le médicament antiviral Tamiflu®. Via la lecture de l’identité génétique de la population de virus ayant infecté ce patient, l’équipe a découvert qu’il avait commencé à muter : l’isolat humain contenait une sous-population de virus H7N9 IAHP sensible au Tamiflu® et une autre résistante aux inhibiteurs de la neuraminidase.

L’équipe a donc créé deux virus recombinants, presque identiques à ceux isolés du patient chinois, l’un sensible au Tamiflu® et l’autre portant la mutation conférant la résistance à l’antiviral. En les comparant à une souche faiblement pathogène du virus H7N9, les chercheurs ont évalué le mode de développement de chaque virus au sein des cellules des voies respiratoires humaines. Ils ont constaté une réplication effective pour chacun d’eux, même si la souche résistante était moins active que les deux autres. Puis la réplication et la pathogénicité des trois types de virus ont été évaluées chez plusieurs modèles animaux (souris, furets et macaques) : chacun d’eux a infecté son hôte et provoqué la maladie, à des degrés divers.

Pour évaluer la transmissibilité virale entre mammifères, via les sécrétions respiratoires, les chercheurs ont notamment mis en contact des furets infectés expérimentalement avec des furets sains. Les trois types de virus ont été transmis par les animaux inoculés à leurs congénères non infectés. Deux des trois furets infectés par la souche non résistante de H7N9 (celle actuellement en circulation en Chine) sont morts, de même que les animaux auxquels ils ont transmis l’infection, et cela sans adaptations préalables. Face à l’augmentation de la pathogénicité des virus H7N9 IAHP chez les mammifères, par rapport aux virus faiblement pathogènes, une surveillance étroite s’impose sur le terrain. De nouvelles mutations pourraient ne pas être nécessaires pour en faire une menace potentielle pour la santé publique, bien que la transmission interhumaine reste pour le moment limitée.

Il est également confirmé que le H7N9 résistant aux antiviraux ne répond pas à l’oséltamivir, la molécule active du Tamiflu®. Il répond en revanche au traitement avec un autre médicament, un inhibiteur de protéases, mais qui n’est approuvé qu’au Japon et seulement pour une utilisation en cas de pandémie grippale.

Le but est désormais de comprendre ce qui diffère dans le virus H7N9 résistant. Car alors, comme il y a plusieurs virus H7N9 en circulation, les efforts de recherche pourraient se concentrer sur ceux qui sont mortels et transmissibles, et possèdent un potentiel pour devenir pandémiques.

Le virus H7N9 va probablement continuer à muter car il infecte l’homme, ce qui entraîne des adaptations qui améliorent sa pathogénicité et sa capacité de transmission interhumaine, avec des conséquences potentiellement lourdes pour la santé publique. Cependant, sa détection chez les volailles infectées est désormais un peu plus facile, ce qui permet de limiter l’exposition humaine. Car le virus a commencé à tuer des oiseaux en Chine également. Mais contrairement aux États-Unis ou à la France, où les éleveurs abattent leurs troupeaux pour limiter la propagation des maladies infectieuses, la Chine compte sur les vaccins. Une option inquiétante pour Kawaoka, face à la propagation du virus H7N9.

Au final, les résultats suggèrent que les virus H7N9 hautement pathogènes ont un plus grand potentiel pandémique que les virus H5N1 et devraient être plus étroitement surveillés.

 

 

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