Homéopathie vétérinaire : une étude britannique conclut à l’absence d’efficacité réelle

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Une étude* récente, menée par le professeur Peter Lees du Royal Veterinary College (RVC), explique pourquoi l’homéopathie vétérinaire peut sembler efficace en raison d’erreurs de perception des praticiens, alors que dans les faits, ces traitements sont fondamentalement dépourvus de toute efficacité clinique, au-delà des effets placebo. Des conclusions qui ont également des implications importantes quant à l’utilisation de traitements homéopathiques chez l’homme.

 

L’étude, qui compare les médicaments conventionnels et homéopathiques, s’adresse aux vétérinaires, aux médecins et aux scientifiques, mais aussi à toute personne qui utilise des produits homéopathiques, pour elle-même ou pour ses animaux. Pour en finir avec cette pratique, l’article démontre que les bénéfices des remèdes homéopathiques, tels qu’ils sont perçus par les laboratoires et les milieux cliniques, ne sont pas le résultat de mécanismes sous-jacents élucidés, mais plutôt de simples coïncidences.

Ainsi, leur efficacité au-delà de l’effet placebo n’a pu être démontrée dans des essais cliniques contrôlés, éliminant les biais et autres effets non spécifiques. Cela signifie, par exemple, que les améliorations de l’état de santé d’un animal ou d’une personne constatées par un praticien peuvent être attribuées, à tort, à l’action d’un produit dépourvu d’effet spécifique, comme un remède homéopathique.

En effet, de nombreux biais inhérents à la perception et au raisonnement humain peuvent induire les praticiens en erreur lorsqu’ils jugent l’efficacité thérapeutique des soins prodigués. Ce manque de fiabilité dans l’évaluation clinique des réponses au traitement résulte ainsi de biais cognitifs qui empêchent un vétérinaire ou un médecin de reconnaître que ce n’est pas leur intervention qui a conduit à une amélioration clinique ou à une guérison.

Cette perception erronée de la relation entre les troubles observés, leurs causes, et la propre capacité de l’organisme à guérir, a ouvert un espace dans lequel des traitements inefficaces ont pu être considérés comme dotés d’efficacité clinique. Les deux médecines, humaine et vétérinaire, sont également concernées par ce phénomène, à l’origine de débats passionnés sur l’efficacité de l’homéopathie qui font rage depuis des décennies.

Dans l’étude britannique, l’homéopathie n’est pas seulement qualifiée de non scientifique, mais de système de croyance véritablement mystique, fondé sur la foi, régi par trois lois arbitraires, inventées par son fondateur et immuables. Selon les auteurs, « aucune des théories censées expliquer les effets spécifiques présumés des remèdes homéopathiques n’est compatible, même marginalement, avec ce qu’on sait des fonctions corporelles ou avec les propriétés des organismes pathogènes ». Ces propriétés curatives relèvent donc du surnaturel, puisque leur action se situe au-delà de l’analyse scientifique ou des lois de la nature.

Mieux comprendre les processus qui conduisent à une perception erronée des phénomènes cliniques et de guérison aiderait les praticiens à éclairer les options thérapeutiques. L’article se veut une première étape dans cette démarche, un outil pour permettre à la communauté vétérinaire et médicale d’avoir une idée plus claire de l’efficacité de telle ou telle intervention clinique et de mettre en évidence quels agents, dans le processus de guérison, relèvent de la simple coïncidence.

Concernant l’homéopathie vétérinaire, l’étude évoque aussi des préoccupations éthiques liées notamment à l’administration de traitements qualifiés d’inefficaces, d’irrationnels et de déraisonnables, en lieu et place d’interventions chirurgicales ou de médicaments aux propriétés reconnues et à l’efficacité prouvée. Pire, certains homéopathes vétérinaires affirment souvent que la vaccination est nocive et que les médicaments vétérinaires couramment utilisés interfèrent avec le traitement homéopathique… En outre, tous les produits homéopathiques ne sont pas neutres, les formes hautement concentrées sont même suspectées d’effets potentiellement nocifs pour les animaux malades.

En conclusion, deux questions clés sont posées à la profession vétérinaire : est-il approprié de traiter les animaux sur la base de croyances mystiques nécessitant l’invocation de forces surnaturelles ? La réponse est sans équivoque : recommander ou pratiquer une théorie sans base scientifique décrédibilise la profession dans son ensemble, voire dévalorise les qualifications reconnues de ses praticiens, abaissé au niveau de guérisseurs, minant ainsi la confiance dans la médecine traditionnelle.

Enfin, si les auteurs reconnaissent l’existence d’un certain bénéfice psychothérapeutique ou psychologique issu des consultations d’homéopathie humaine, ils soulignent que l’effet placebo généré chez l’homme, qui a foi en ces traitements homéopathiques, ne s’applique pas à la médecine vétérinaire, les animaux étant incapables d’une telle croyance. Au final, l’homéopathie vétérinaire est qualifiée d’irrationnelle et d’incompatible avec les connaissances scientifiques et médicales actuelles.

 

* Comparison of veterinary drugs and veterinary homeopathy,
part 1 : http://veterinaryrecord.bmj.com/content/181/7/170

part 2 : http://veterinaryrecord.bmj.com/content/181/8/198?utm_source=TrendMD&utm_medium=cpc&utm_campaign=Veterinary_Record_TrendMD-0

 

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