Gestion des chiens errants : les vétérinaires européens en première ligne

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Promouvoir le leadership vétérinaire pour le contrôle des chiens errants en Europe, telle est la position commune* adoptée le 22 mai par la Fédération des vétérinaires d’Europe (FVE), l’Union des praticiens vétérinaires européens (UEVP) et la Fédération des associations européennes vétérinaires pour animaux de compagnie (Fecava). Partant du principe que « chaque chien mérite un propriétaire attentionné », les trois organisations placent le vétérinaire au cœur de la gestion des populations canines errantes.

 

Dans plusieurs régions européennes, un grand nombre de chiens vivent en liberté. Or ils représentent un risque non négligeable pour la santé et le bien-être des animaux, mais aussi pour la santé et le bien-être publics. De nombreux agents pathogènes sont ainsi hébergés, transportés et transmis à d’autres animaux et à l’homme via ces chiens errants. Les maladies qui se propagent par cette voie vont des troubles bénins à des affections chroniques sévères (par exemple l’échinococcose), voire mortelles (comme la rage).

Chiens-errantsEn outre, les chiens errants sont souvent impliqués dans des accidents de la route et, par leurs attaques, ils mettent en danger d’autres animaux comme les moutons et les chèvres. Ils sont à leur tour victimes de conditions de vie difficiles (faim, maladies de peau, manque d’abri, etc.) et de mesures de contrôle inappropriées (tirs à vue, intoxications, mauvais traitements, etc.).

Au final, la façon de résoudre le problème varie beaucoup selon les pays. Au niveau de l’Union, il n’existe pas de cadre juridique ou de lignes directrices pour encadrer les mesures législatives et coercitives prises, qui relèvent de chaque État membre. Dans la plupart des pays, la question est traitée au niveau local, souvent sans beaucoup de coordination entre les municipalités. De son côté, l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) reconnaît la nécessité d’un contrôle des populations de chiens errants et a publié des recommandations pour la prévention des zoonoses dans ce contexte. Mais globalement, la gestion de ces chiens reste limitée.

C’est là qu’interviennent les vétérinaires, selon la FVE, l’UEVP et la Fecava. En tant que professionnels soumis à une déontologie et à des codes de bonnes pratiques, agréés et supervisés par une autorité ordinale, ils ont en effet un rôle important à jouer dans les domaines de la prévention et du contrôle de cette population canine spécifique. À différents niveaux (praticiens, agents de l’État, conseillers de politiques, chercheurs, enseignants, etc.), les vétérinaires européens sont légitimement positionnés en première ligne pour résoudre ce problème qui touche à la santé et au bien-être des animaux, mais aussi à la santé publique.
Dans cette optique, les trois organisations recommandent l’adoption d’une approche globale intégrée, sur le long terme, visant à gérer les populations canines existantes et à prévenir l’apparition de nouveaux chiens errants. L’efficacité d’une telle démarche dépend en grande partie de la coordination des initiatives et des mesures prises, mais aussi de la collaboration et de la communication entre tous les acteurs. Cette approche intégrée doit en outre être adaptée à la situation régionale, prendre en compte les différences culturelles et sociales et obtenir la participation des communautés locales.

Pour arriver à ce résultat, des mesures préventives à long terme sont préconisées. Elles passent notamment par :

  • chien errant blessel’éducation du public (enfants et adultes) et/ou une législation nationale et européenne harmonisée, pour encourager la propriété responsable, en combinaison avec la régulation de la reproduction et du commerce des animaux de compagnie (par exemple sur Internet) ;
  • l’identification par micropuce et l’enregistrement obligatoires de tous les chiens, nécessaires au contrôle de la population canine européenne et couplés à une base de données centralisée ;
  • la vaccination contre la rage et d’autres maladies comme l’échinococcose, ainsi que le traitement antiparasitaire de tous les animaux errants, à travers la mise en œuvre de plans de santé adaptés à la situation locale ;
  • la mise aux normes minimales de tous les refuges, par ailleurs enregistrés et contrôlés régulièrement par l’autorité compétente, et placés sous contrat avec un vétérinaire pour la fourniture de conseils et de soins réguliers, voire pour effectuer les euthanasies ;
  • l’encouragement à l’adoption des chiens, avec toutefois des garanties sanitaires suffisantes et sous surveillance vétérinaire, notamment avant toute adoption transfrontalière ;
  • l’emploi de mesures de contrôle temporaires (capture-stérilisation-vaccination-relâcher) pour empêcher la croissance d’une population canine par rapport à une situation locale bien identifiée.

 

Ainsi, les organisations vétérinaires en Europe sont appelées à s’engager à résoudre le problème des chiens errants, à jouer un rôle actif dans la surveillance des maladies pour repérer tout chien éventuellement atteint d’une maladie à déclaration obligatoire telle que la rage, à améliorer la communication avec les autres acteurs concernés, à participer à des campagnes d’éducation et de sensibilisation et à promouvoir la notion de propriétaire d’animal responsable, à rester vigilant vis-à-vis de tout acte de maltraitance et à élever la voix contre les mesures de gestion de la population canine susceptibles de mettre en danger la santé et le bien-être des animaux.

* http://fve.org/uploads/publications/docs/003_stray_dogs_position_paper_adopted_22_may_2015.pdf

 

Les autres préconisations de la FVE, de l’UEVP et de la Fecava

> Les politiques, les législateurs et les administrateurs sont appelés à :

  • fournir les moyens et les ressources nécessaires pour promouvoir la notion de propriété responsable et d’assurer une gestion durable de la population canine, par exemple en finançant des programmes de stérilisation ;
  • mettre en place une législation pertinente, rendant par exemple l’identification et l’enregistrement obligatoires pour tous les chiens ;
  • mettre en œuvre des mesures de contrôle et de répression efficaces, en particulier contre le commerce illégal de chiens et la maltraitance animale ;
  • bannir les mesures non durables, en particulier celles qui vont à l’encontre du bien-être animal (utilisation de pièges, tirs, empoisonnements) ;
  • assurer des normes minimales et prévoir des inspections régulières des refuges ;
  • collaborer et partager les bonnes pratiques au niveau régional ;
  • aller de l’avant au niveau de l’Union en adoptant une loi sur la protection animale à l’échelle communautaire, en y incluant les animaux de compagnie.

 

adoption chien> Les propriétaires et les éleveurs canins sont appelés à :

  • élever leurs animaux comme des propriétaires responsables ;
  • identifier et enregistrer leurs chiens ;
  • proscrire la reproduction canine incontrôlée.

 

> Les éducateurs et les chercheurs sont appelés à :

  • promouvoir la notion de propriété responsable ;
  • rendre le grand public (sans oublier les enfants) conscient des dangers liés aux chiens errants et lui apprendre à éviter ces risques ;
  • établir des recommandations sur une base scientifique pour la gestion de la population canine.

 

> Les organisations non gouvernementales (ONG) sont appelées à :

  • collaborer avec les services vétérinaires et les praticiens pour faire connaître et comprendre les raisons de la croissance des populations canines errantes et la nécessité de les contrôler, et éduquer le public à la propriété responsable ;
  • participer à l’obtention de ressources pour la conception et la mise en œuvre réussie des programmes de contrôle des chiens errants ;
  • fournir des informations sur les populations canines locales et les types de propriétaires, ainsi qu’une expertise en termes de manipulation, de garde et de stérilisation des chiens.

 

 

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