Filière équine : un nouveau rapport préconise une sortie de crise rapide pour sauver le secteur

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Les principaux acteurs de la filière équine française (élevage, courses, sport, loisir et travail), réunis en comité, ont rendu public un premier état des lieux des problématiques rencontrées, le 7 juin 2017. Les atouts et les contraintes de ce secteur protéiforme, ainsi que les enjeux de son développement, y sont mis en avant. Le rapport aborde les questions de fond, des conditions d’exercice de l’activité économique à l’appui nécessaire des politiques publiques pour développer la valeur ajoutée de cette filière, source de richesses pour les territoires. Il présente également des préconisations adressées à l’État pour sortir de la crise et rester une filière d’excellence au rayonnement mondial.

 

Le comité de filière, mis en place par l’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE), a publié son premier rapport, issu des travaux menés depuis sa création fin 2015. Les représentants de la filière équine dressent un constat inquiétant de la situation économique du secteur, mais proposent aussi des pistes pour accompagner son redressement et son évolution. L’enjeu est de taille : il s’agit de conserver le rayonnement de la France à l’international, mais aussi de sauver l’animation des territoires et les emplois induits.

Ainsi, le rapport met en exergue une filière multiforme, composée de plusieurs segments dont les problématiques et les enjeux divergent. Mais tous les marchés (courses, équitation amateur, centres équestres, sport de haut niveau, équidés de travail) ont été touchés, de façon plus ou moins forte, par la baisse d’activité à laquelle la filière française est confrontée. Parlant d’une seule voix, ils formulent des recommandations transversales et demandent au gouvernement de s’engager sur les préoccupations communes : la traçabilité sanitaire (réglementation européenne discriminante), l’équité économique et fiscale (régime à taux plein de la TVA), l’accompagnement des mesures concernant le bien-être animal (abandons d’équidés, fin de vie). Ce rapport a été remis aux ministres de l’Agriculture, des Sports et du Budget en janvier 2017. Depuis, trois groupes de travail planchent sur l’élaboration d’un contrat de filière à mettre en œuvre entre l’État et les organisations socioprofessionnelles.

 

Un constat globalement alarmant

La filière équine est en recul depuis plusieurs années, avec notamment une baisse de la production, encore plus marquée depuis 2009 : les races de sport (chevaux et poneys) et de travail (chevaux de trait et ânes) enregistrent un tiers de naissances en moins sur cette période de neuf ans. Pourtant l’élevage d’équidés de sport français bénéficie d’une bonne image de marque, mais dans un contexte de crise, les éleveurs ne peuvent supporter seuls la charge de la formation des jeunes chevaux et poneys. Selon les rapporteurs, il convient d’accompagner financièrement cette filière d’excellence française et d’endiguer la chute de l’élevage dédié au sport. En outre, la présence d’éleveurs amateurs non soumis à la TVA et l’importance des cessions d’équidés entre les non-assujettis faussent la concurrence et constituent un obstacle à la professionnalisation du secteur.

La production d’équidés de travail (9 races de trait, 7 d’ânes, 8 races de territoires) connaît également une récession depuis une dizaine d’années, avec une baisse de la moitié des effectifs. Le débouché principal des races de trait reste la viande, avec un marché intérieur dominé par une majorité d’éleveurs amateurs (non agricoles) et un manque d’acceptabilité sociale. L’autre débouché, tourné vers l’utilisation (traction, loisirs, tourisme), reste confidentiel et à développer.

Depuis 2012, les paris sur les courses hippiques sont en baisse (- 8 % en 2015), même s’ils représentent encore près de 9,3 milliards d’euros. Les paris hippiques en ligne n’ont pas rencontré la clientèle espérée (11 % des enjeux seulement). Les courses de galop font face à une réduction du nombre de partants (- 4 % de chevaux à l’entraînement entre 2009 et 2015), entraînant une baisse d’intérêt pour les parieurs.

L’enseignement de l’équitation occupe environ 180 000 équidés, répartis dans quelque 9 000 centres équestres. Mais la fréquentation a fortement diminué, en raison de l’augmentation de la TVA et de la réforme des rythmes scolaires. De même, le nombre de cavaliers licenciés est en recul (- 6,1 % en 2016). Toutefois, avec près de 664 000 licenciés en 2016 (dont 83 % de femmes), la Fédération française d’équitation (FFE) est en 3e position derrière le tennis et le football.

La filière cheval représente 180 000 emplois dans les zones rurales et périurbaines. Mais depuis 2012, l’emploi salarié agricole recule (- 4 %), les centres équestres étant particulièrement touchés. Les exploitations sont généralement de petites unités (environ 35 hectares pour la production et 15 ha pour les centres équestres ou d’entraînement).

 

Des propositions pour agir vite

  • Établissements équestres : retrouver des marges économiques, négocier l’application d’une TVA à taux réduit sur l’ensemble des activités équines (production et valorisation), considérer le cheval comme un produit agricole (TVA réduite et accès à la PAC simple), etc.
  • Élevage : financer le circuit de valorisation des jeunes chevaux de sport via un fonds dédié, négocier l’application d’un taux réduit de TVA sur l’élevage et la transformation, favoriser l’émergence d’un secteur de vente de chevaux professionnel, collecter les résultats des circuits de compétition français et internationaux, etc.
  • Courses : moderniser l’image des courses hippiques, rendre le jeu plus attractif, toucher une nouvelle clientèle plus jeune, recruter de nouveaux propriétaires, négocier avec l’État une nouvelle fiscalité sur les paris hippiques, modifier les prélèvements pour mettre en œuvre une politique d’accompagnement solidaire des courses vers les autres activités via un fonds en trois axes (équitation, élevage, autres actions), etc.
  • Races de travail et identitaires : favoriser un renforcement des usages du cheval (anciens et nouveaux), intégrer ces races dans les politiques locales, valoriser la traction équine, l’attelage, l’équithérapie, aligner le coût de production du poulain viande sur celui du veau, etc.
  • Bien-être animal : promouvoir la charte sur le bien-être du cheval élaborée par la filière équine, conforter la recherche dans ce domaine (notamment pour les nouveaux usages du cheval), engager un rapprochement avec les autres pays, éduquer les particuliers à la possession d’un équidé (voire mettre en place un permis de détention).

 

* http://www.ifce.fr/wp-content/uploads/2017/06/IFCE_Rapport_Comite_Filiere_web-Vd%C3%A9f.pdf

 

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