Europe : vers une interdiction des animaux sauvages dans les spectacles de cirque

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Une conférence*, organisée notamment par l’Eurogroup for Animals au Parlement européen le 28 mars, a envoyé un message clair à l’Union européenne : les cirques traditionnels, qui mettent en scène des animaux sauvages, ont perdu depuis longtemps la faveur du public et le temps est venu pour la Commission d’agir pour interdire ces spectacles d’un autre âge et non éthiques dans tous les États membres. Au cours des dernières années, 18 pays de l’Union** ont d’ores et déjà adopté des réglementations nationales pour limiter l’utilisation d’animaux non domestiques dans les cirques itinérants, et des centaines de municipalités européennes refusent désormais de les accueillir.

 

animaux de cirqueLa conférence « Use of wild animals in circuses: time for a change » a réuni, autour de l’eurodéputée Marlène Mizzi (Malte), des représentants de toutes les parties prenantes. Les débats ont porté sur les conséquences de l’utilisation d’animaux sauvages dans les cirques (du point de vue de la santé animale et du bien-être animal, de la sécurité publique, de la conservation des espèces ou encore de l’éthique) et sur la nécessité d’interdire cette pratique au niveau européen. À cette occasion, les résultats d’une étude italienne novatrice sur l’impact socio-économique d’une telle interdiction ont été présentés, face à la montée en puissance du cirque contemporain qui n’utilise pas les animaux.

Le constat est d’ailleurs unanime : les animaux, en particulier des espèces non domestiquées, n’ont plus leur place dans les spectacles de cirque. L’attrait du public pour ce divertissement qui exploite les animaux, sauvages ou domestiques, est en chute libre, tant en Europe qu’au-delà. En réaction à cette tendance actuelle, une cinquantaine de pays dans le monde, dont plus de la moitié des États de l’Union européenne, ont déjà adopté des législations nationales visant à interdire les animaux sauvages dans les cirques. Pour l’Eurogroup for Animals, qui milite pour généraliser cette interdiction dans l’ensemble des pays de l’Union, le temps est venu d’agir pour le respect du bien-être des animaux de cirque, en mettant un terme à leur détention et à leur exhibition forcée pour divertir le public.

Malte, Chypre et la Grèce sont les seuls États membres à avoir banni des cirques toutes les espèces animales, sauvages comme domestiques. À l’inverse, la France, l’Allemagne ou encore l’Irlande font partie des pays qui n’ont pas encore mis en œuvre d’interdiction, même partielle, des animaux dans les cirques.

En 2005, la Belgique a d’abord opté pour une interdiction partielle, imposant aux cirques de respecter les mêmes normes de conservation et de gestion des animaux que les zoos. Mais les services vétérinaires belges, confrontés à l’impossibilité de mettre en œuvre une inspection effective dans les cirques, ont plaidé pour une interdiction totale. En 2013, c’était chose faite et, depuis 2014, l’interdiction totale de détenir des animaux sauvages dans les cirques est en vigueur en Belgique, seule façon d’assurer le respect du bien-être de ces espèces.

Le gouvernement italien, quant à lui, a proposé une réforme législative de ces spectacles, ouvrant la voie à la disparition progressive des animaux détenus dans les cirques d’Italie. La proposition de loi devrait être adoptée par le Parlement italien d’ici à la fin de l’année.

Toutefois, les États membres qui ont opté pour l’interdiction des espèces sauvages dans leurs cirques sont encore obligés d’accepter que ces animaux traversent leur territoire. Les cirques itinérants parcourent ainsi des distances plus longues pour atteindre les sites qui acceptent de les accueillir. Les animaux, entassés dans les camions, subissent des temps de transport à rallonge. C’est pourquoi, selon l’eurodéputée Marlène Mizzi, une interdiction généralisée, à l’échelle de l’Union, est nécessaire.

De son côté, la Fédération des vétérinaires européens (FVE) a pris position***, dès 2015, contre l’utilisation des animaux dans les cirques, qui sont dans l’incapacité de satisfaire les besoins naturels spécifiques des mammifères sauvages qu’ils détiennent ou de les laisser exprimer les comportements propres à leur espèce. Selon la FVE, outre les considérations liées au bien-être animal, l’utilisation de ces animaux sauvages présente des risques non négligeables pour la santé et la sécurité publiques (blessures, transmission de maladies, etc.). Ainsi, il est recommandé aux autorités européennes et nationales d’interdire l’utilisation de mammifères sauvages, en particulier les éléphants et les grands félins, dans les cirques itinérants.

Les déplacements constants, la détention en cage exigüe, l’entraînement contre-nature des animaux, puis leur exhibition contrainte en public ne permettent pas de sécuriser totalement ces spectacles. L’Eurogroup for Animals collecte, depuis plus de 20 ans, des données sur les accidents de cirque, parfois mortels, qui se sont produits en Europe et les chiffres sont édifiants. De nombreux animaux, échappés de leur enclos ou de leur cage, ont divagué sur la voie publique, faisant peser une grave menace sur la population. La sécurité des citoyens européens relevant des responsabilités établies par les traités de l’Union, une interdiction de l’utilisation des animaux dans les cirques, au niveau communautaire, apparaît dès lors parfaitement légitime.

 

* « Use of wild animals in circuses: time for a change », conférence organisée par la députée européenne Marlène Mizzi (S & D), l’Eurogroup for Animals et l’Intergroup on the Welfare and Conservation of Animals, à Bruxelles, le 28 mars 2017, https://www.facebook.com/mizzimarlene/videos/700430933491351/

** http://www.lav.it/cpanelav/js/ckeditor/kcfinder/upload/files/files/List%20States%20ban%20on%20circus%20%20with%20animals.pdf

*** http://www.fve.org/uploads/publications/docs/fve_position_on_the_travelling_circuses_adopted.pdf

 

Les États-Unis aussi : le Traveling Exotic Animal and Public Safety Protection Act (TEAPSPA) devant le Congrès

http://www.federalcircusbill.org/

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