L’avenir du cheval passera par l’ abattoir !

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Le CGAAER préconise des mesures afin d’inciter les détenteurs d’équidés à recourir à l’abattage de leurs animaux plutôt qu’à toute autre solution en fin de carrière. Les arguments, provenant d’une même catégorie de lobbying, sont particulièrement partisans.

 

Morguefile.com_JadeRappelez-vous cet été, le président de l’Association vétérinaire équine française (Avef) gesticulait afin de faire connaître son avis, celui de la profession vétérinaire selon ses dires, pour favoriser l’abattage des chevaux plutôt que de réfléchir à une autre solution. Idéologiquement, il considère que le cheval est un animal de chair, et ne doit absolument pas devenir un animal de loisir.

Sa sortie médiatique est aujourd’hui compréhensible : dans le même temps, le Conseil général de l’alimentation de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) rédigeait un rapport dans ce sens, après avoir consulté les principaux acteurs proches ou vivant de la filière bouchère.

 

Les quatre propositions du CGAAER

  • La modification de la directive n°2001/82/CE relative aux résidus médicamenteux en vue de mettre en place un sas sanitaire de six mois afin de suivre les animaux ayant reçu certains traitements vétérinaires.
  • Une campagne de communication pour favoriser l’ATM-ANGEE (Association nationale pour la gestion de l’équarrissage des équidés), née de la défection de l’État en matière de sécurité sanitaire et d’équarrissage des chevaux (alors que le système est maintenu pour les autres animaux de rente).
  • L’obligation par voie législative d’une assurance “fin de vie” pour les chevaux destinés à l’équarrissage par choix idéologique.
  • L’amélioration du taux de récupération des livrets par les équarrisseurs et la promotion des échanges télématiques.

 

L’équarrissage, un problème à contourner

Depuis que l’État s’est désengagé de l’équarrissage des équidés, la filière doit faire face aux aléas du marché, avec des disparités importantes de tarifs selon les régions, plus ou moins de concurrence, voire des monopoles, et des tarifs lors du ramassage qui ne correspondent pas toujours au poids réel de l’animal mort.

Alors, les auteurs du rapport, Jacques Vardon et Émile Perez, souhaitent diminuer le tonnage équarri : « Compte tenu du déséquilibre entre le nombre d’animaux livrés à la consommation (36%) et le nombre d’animaux équarris (64%), il conviendrait de diminuer ce dernier nombre. » Tout est dit : on supprime un problème en éliminant la cause. Le CGAAER souhaite donc ouvrir les portes des abattoirs de plusieurs manières :

  • en modifiant la réglementation relative aux limites maximales de résidus (LMR). Pour cela, il suffit de considérer tout équidé sans traitement médical depuis plus de six mois comme sain. Le feuillet médicamenteux du livret de l’animal semble être une barrière à l’encouragement à la consommation chevaline ;
  • en demandant aux vétérinaires de recourir à des médicaments dépourvus de LMR, tout en reconnaissant les possibilités accrues de fraudes (utilisation d’un médicament avec LMR, mais inscription sur le livret d’un autre produit). Une suspicion d’autant plus normale que le manque de transparence dans la rédaction des livrets médicamenteux montre que la profession vétérinaire équine est fortement défaillante dans son rôle sanitaire impartial et n’a jamais réussi à imposer les textes de loi auprès de ses clients, alors qu’il n’y a aucun problème d’application des textes dans les autres filières ;
  • en empêchant un propriétaire d’équidé de retirer définitivement son compagnon de la boucherie !

 

ChevauxEn résumé, ce rapport s’apparente davantage à un cahier de doléances de la part de différents acteurs de la filière équine pour lesquels la gestion de fin de carrière sportive ou de loisir ne peut être résolue que par l’élimination du problème : le cheval ou le poney. Au cours de la lecture du rapport, il n’est pas difficile de reconnaître la “patte” des différentes organisations professionnelles interrogées, positions connues depuis des années et de plus en plus en décalage avec les attentes sociétales. Car le problème de fond, c’est bel et bien l’intégration de la seconde carrière de l’équidé dans l’équation économique de la filière.

Pire, proposer de rendre obligatoire une assurance “fin de vie” des équidés destinés à l’équarrissage par choix idéologique, c’est pénaliser la majorité des détenteurs d’équidés en France. Cela revient aussi à vouloir asphyxier financièrement ces propriétaires, généralement des particuliers qui doivent déjà faire face à des prix d’équarrissage exorbitants.

Toutes ces mesures sont donc destinées à contraindre la grande majorité des amateurs d’équidés à contribuer à relancer la filière chevaline. Cela s’apparente en outre à scier la branche sur laquelle les professionnels sont assis.

 

 Lire aussi le rapport : ICI

 

 

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