Diabète félin : une étude britannique montre que son diagnostic passe souvent à côté de la cause première

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Une étude* menée par le Royal Veterinary College (Royaume-Uni) révèle que chez le chat, un cas de diabète sucré sur quatre est dû à un excès de sécrétion de l’hormone de croissance hypophysaire. Or cette cause est largement sous-estimée. À tort, les chats diabétiques sont souvent diagnostiqués comme atteints d’un diabète sucré primaire (type 2), bien qu’ils ne répondent pas au traitement standard. Cela entraîne une augmentation de la morbidité et conduit finalement à l’euthanasie pour des raisons de bien-être animal.

 

Entre octobre 2003 et avril 2011, les chercheurs britanniques ont recueilli les données médicales de tous les chats diabétiques traités par les praticiens à travers le Royaume-Uni, afin d’estimer la prévalence de l’acromégalie ou de l’hypersomatotropisme dans la plus grande cohorte féline jamais étudiée.

mesure-glucose-chatLes résultats révèlent que l’hypersomatotropisme explique la présence du diabète sucré chez un chat sur quatre. Ce trouble est provoqué par une tumeur bénigne de l’hypophyse qui peut être traitée chirurgicalement. Cependant, seulement 24 % des vétérinaires qui ont soumis leurs échantillons dans le cadre de l’étude ont soupçonné cette cause en regard du tableau clinique. En effet, la plupart des chats atteints d’hypersomatotropisme ne présentent pas de signes caractéristiques, mais des symptômes indiscernables de ceux présentés par les chats souffrant de diabète sucré primaire (type 2).

Ces données mettent en évidence la nécessité pour les vétérinaires d’envisager le dépistage systématique de l’hypersomatotropisme dans le cadre du traitement des chats diabétiques, étant donné les conséquences cliniques significatives. Pour preuve, environ un quart des chats évalués dans l’étude souffraient effectivement d’un diabète sucré induit par l’hypersomatotropisme, qui s’exprime et évolue de façon fort différente, et nécessite un traitement spécifique.

Lorsque l’hypersomatotropisme est diagnostiqué et traité, la plupart des chats présentent alors une rémission du diabète. En revanche, s’il reste non diagnostiqué, il est difficile de contrôler la glycémie des chats atteints, ce qui aboutit souvent à leur euthanasie car, à long terme, ils développeront d’autres affections comme des maladies cardiaques, ou encore des troubles du système nerveux central.

 

Un bon outil de dépistage de l’hypersomatotropisme

Une évaluation de la fructosamine sérique a été réalisée gratuitement pour tous les chats diabétiques inclus dans l’étude, de 2003 à 2011. Les vétérinaires ont été invités à enregistrer les données concernant chaque animal (âge, race, sexe, poids, dose d’insuline administrée) tout en précisant s’ils suspectaient cliniquement une acromégalie ou un hypersomatotropisme. Un dosage du taux sérique total en facteur de croissance 1 analogue à l’insuline (IGF-1) a été effectué chez les 1 221 chats diabétiques recrutés, suivi par une évaluation plus poussée grâce à l’imagerie et/ou l’histopathologie pituitaire.

Au total, 319 chats (26,1 %) ont présenté un taux sérique en IGF-1 évocateur d’un hypersomatotropisme. Parmi eux, 63 (20 %) ont subi un examen d’imagerie. Sur ces 63 chats, 56 (89 %) ont montré une tumeur de l’hypophyse à la tomodensitométrie, 3 autres à l’imagerie par résonance magnétique et 1 à l’autopsie. Ces données suggèrent une valeur prédictive positive de l’IGF-1 sérique pour l’hypersomatotropisme de 95 %. Par conséquent, la prévalence globale de ce trouble chez les chats diabétiques britanniques s’établit à 24,8 %.

À la lumière de ces conclusions, la nécessité d’un dépistage régulier de l’hypersomatotropisme apparaît, afin d’identifier la cause première du diabète félin avant l’analyse des prélèvements, pour ne pas corrompre les résultats.
Mais les chercheurs du Royal Veterinary College ne s’arrêtent pas là. Ils se penchent désormais sur la mise au point d’un traitement visant la guérison du diabète sucré félin. Le Dr Stijn Niessen et son équipe ont officiellement ouvert une nouvelle clinique vétérinaire** entièrement dédiée à cet objectif. Ils sont en phase de recrutement de chats, diabétiques depuis moins de quatre mois, en vue d’un essai clinique qui permettra de cerner l’action des nouvelles insulines sur le contrôle de la glycémie et le taux de rémission.

Affection chronique et coûteuse, le diabète sucré félin diminue de façon significative la qualité de vie tant du propriétaire que de son animal. Toutefois, dans une proportion non négligeable, selon les recherches actuelles, les chats atteints peuvent prétendre à une rémission et se passer d’insuline, ce qui est de plus en plus considéré comme le but ultime du traitement de cette maladie.

 

* http://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0127794

** www.facebook.com/RVC.Diabetic.Remission.Clinic, fdrc(at)rvc.ac.uk

 

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