Carcinome épidermoïde équin : un facteur de risque génétique identifié chez plusieurs races de chevaux

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Le carcinome épidermoïde est la tumeur oculaire la plus fréquente chez le cheval, et la deuxième forme de cancer qui touche l’espèce équine après le sarcoïde. Selon une récente étude génétique menée par l’université américaine UC Davis, il est désormais possible d’identifier les équidés qui présentent un risque de développer un carcinome épidermoïde de l’œil et de ses annexes, et de prendre des décisions d’élevage en conséquence.

 

Dans un article de l’International Journal of Cancer, des scientifiques américains ont annoncé la découverte d’une mutation génétique chez le cheval qui aurait une incidence sur la capacité de la protéine DDB2 (damage specific DNA binding protein 2) à remplir son rôle de protection de l’ADN. Normalement, cette protéine de liaison surveille les altérations de l’ADN, recherche les dommages dus aux rayonnements ultraviolets, puis recrute d’autres protéines pour effectuer la réparation par excision de nucléotide de l’ADN lésé.

L’exposition aux rayons ultraviolets contenus dans la lumière solaire est un facteur déterminant dans la genèse du carcinome épidermoïde. Les UV jouent le rôle d’agent carcinogène, ils modifient la structure de l’ADN et peuvent conduire à l’introduction de mutations qui affectent l’activité des protéines de réparation.

Plusieurs races d’équidés (haflinger, appaloosa, shire, clydesdale, paint horse, pinto, etc.) sont prédisposées et montrent une occurrence plus élevée de carcinomes épidermoïdes limbiques, une forme de la maladie qui prend son origine à la jonction entre la conjonctive et la sclère, avant de gagner la cornée. Les chercheurs ont trouvé un facteur de risque génétique pour ce type de cancer chez le cheval haflinger, mais aussi chez le trait belge et le percheron, une première étape importante vers le développement de tests diagnostiques ciblés. Dans une étude rétrospective antérieure, menée par Rebecca Bellone et Mary Lassaline, environ 26 % des équidés affectés par cette tumeur étaient des haflingers.

La mutation faux-sens identifiée, fortement associée au carcinome épidermoïde limbique, modifie la structure de la protéine de telle sorte qu’elle ne reconnaît plus les lésions de l’ADN, endommagé par les rayons UV. Selon l’étude, il s’agit là d’un facteur de risque de développement du carcinome oculaire équin car, comme les cellules ne peuvent pas réparer les altérations, les mutations génétiques s’accumulent et favorisent l’apparition du cancer.

Le carcinome épidermoïde oculaire entraîne une baisse de la vision, voire la perte de l’œil atteint. Dans les cas avancés, la tumeur peut être localement invasive et s’étendre à l’orbite puis aux cavités adjacentes, menant à l’euthanasie de certains chevaux. Ces récents travaux ouvrent la voie à une large gamme d’applications pour mieux repérer les chevaux à risque. D’abord, il sera possible de dépister chaque cheval individuellement, qui fera alors l’objet d’examens ciblés, d’une plus grande vigilance quant à l’exposition aux UV et bénéficiera d’un diagnostic précoce permettant d’éliminer la tumeur et de sauver l’œil atteint. Ensuite, sur la base de ce dépistage, l’éleveur pourra prendre des décisions en matière de reproduction en toute connaissance de cause. Le laboratoire vétérinaire de l’UC Davis a d’ores et déjà développé un test génétique pour identifier les équidés à risque qui repose sur les résultats de cette étude. Le test mis au point détecte si un cheval est porteur de la mutation génétique décrite ou de deux copies de cette mutation, ce qui l’expose à un risque maximal de cancer.

Au-delà de la santé animale, cette étude peut également avoir des implications en santé humaine. Le gène suppresseur de tumeur p53, retrouvé associé au carcinome épidermoïde oculaire équin, est également lié chez l’homme à xeroderma pigmentosum, une maladie génétique rare caractérisée par une forte sensibilité aux UV, des anomalies pigmentaires de la peau exposée au soleil, un risque accru de développement de cancers cutanés, voire des atteintes ophtalmiques et neurologiques. Or cette maladie s’explique par une mutation dans la protéine DDB2. Ce parallèle entre l’homme et l’animal reste à explorer, afin de comprendre pourquoi cette mutation affecte les yeux du cheval et la peau de l’homme.

 

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