Bien-être animal en élevage : des implications économiques, mais aussi éthiques

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Pour sa première auto-saisine, le comité d’éthique commun à l’Inra et au Cirad* a choisi de se pencher sur le bien-être des animaux d’élevage, excluant de sa réflexion les espèces de compagnie et les animaux destinés à l’expérimentation scientifique. Au-delà des débats sur le statut juridique ou les droits des animaux, le comité explore la façon dont le bien-être doit être pris en compte en pratique, représentant à la fois un paramètre de l’élevage et l’une de ses finalités, au même titre que la productivité. Cela implique de pouvoir l’évaluer, donc de déterminer la place et l’importance du bien-être animal en tant qu’objet d’étude pour la recherche. Cette double approche rejoint la stratégie 2015-2020 du ministère de l’Agriculture dont l’ambition est de « placer le bien-être animal au cœur d’une activité durable ».

 

Bien etre animal elevageDésireux d’éclairer le public sur cette préoccupation sociétale qui a des implications économiques mais aussi éthiques, le comité a rendu un avis fondé sur une définition large et positive du bien-être animal, qui englobe les aspects relationnels, affectifs, émotionnels et comportementaux des animaux. Conforme à la reconnaissance du statut d’être sensible de l’animal, cette définition permet d’évaluer différentes pratiques d’élevage du point de vue du bien-être qu’elles permettent, ou non. Le respect d’un niveau de bien-être par l’éleveur devient une valeur en soi, qui n’est pas justifiée par les seules considérations économiques. L’animal cesse d’être traité comme un objet, au service d’un objectif, pour être reconnu comme un sujet, qui existe par lui-même.

Sans chercher à savoir si les espèces de rente s’adaptent plus ou moins bien aux conditions imposées par la production, le comité s’est interrogé sur les méthodes qui permettent d’adapter les conditions d’élevage aux besoins et aux comportements des animaux. Ainsi, au-delà de l’absence de douleur et de maladie, est mis en avant « l’état dans lequel se trouve l’animal quand il peut exprimer les comportements naturels de son espèce ou quand il réalise ses aspirations ». Le maintien d’interactions sociales apparaît alors aussi important dans les rapports avec les congénères que dans le cadre de la relation avec l’homme.

Les préconisations du comité se veulent des lignes directrices qui trouveront leur concrétisation ces cinq prochaines années, dans le contexte de la première stratégie ministérielle en faveur du bien-être animal, lancée en juin 2015. L’objectif est en effet de placer le bien-être animal au cœur d’une activité durable, selon un plan de travail décliné en cinq priorités nationales : partager le savoir et promouvoir l’innovation, responsabiliser les acteurs à tous les niveaux, poursuivre l’évolution des pratiques en faveur du bien-être des animaux, prévenir et être réactif face à la maltraitance animale, informer chacun des avancées et des résultats de ce plan d’actions. Le ministère allemand étudie également des pistes pour un élevage socialement accepté. L’auto-saisine du comité d’éthique Inra-Cirad porte ainsi sur une question au cœur de l’actualité politique, zootechnique et sociétale.

En 2009, une expertise scientifique collective** sur la douleur chez les animaux de production avait déjà mobilisé une vingtaine d’experts de l’Inra, des écoles vétérinaires, de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, du Collège de France et du Centre national de la recherche scientifique. Ces travaux pluridisciplinaires, fondés sur près de 1 400 articles scientifiques et rapports internationaux, ont permis de clarifier le concept et les méthodes d’analyse utilisés pour appréhender la douleur chez l’animal de rente, mais aussi d’identifier les situations et les interventions douloureuses, jusqu’à l’abattage. Des solutions alternatives sont depuis mises en œuvre ou en cours de développement dans des systèmes d’élevage spécifiques (démarche des 3S pour supprimer, substituer, soulager la douleur).

 

* Comité consultatif commun d’éthique sur la recherche agronomique de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) et du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), avis n° 7, octobre 2015.

** Douleurs animales : les identifier, les comprendre, les limiter chez les animaux d’élevage, décembre 2009.

 

Recommandations du comité d’éthique Inra-Cirad

> Développer des recherches dans le domaine du bien-être animal pour consolider son évaluation scientifique et permettre sa mesure via l’élaboration d’indicateurs pertinents, et les ouvrir aux pays où le Cirad intervient.

> Saisir l’occasion des programmes traitant d’agro-écologie pour y inscrire le bien-être animal, en mettant en avant le respect du comportement de l’animal et de sa sensibilité. Prolonger les résultats des recherches en contribuant à définir des organisations adaptées des systèmes et des pratiques d’élevage.

> Ne pas s’en tenir aux seules caractéristiques qui gouvernent la productivité de l’élevage dans les travaux portant sur l’amélioration génétique des animaux, mais inclure l’étude des caractères qualifiant le bien-être et débouchant sur une meilleure compréhension du comportement de l’animal, être sensible. La sélection génétique ne doit pas avoir pour effet de réduire le bien-être des animaux ou de diminuer leur aptitude au bien-être.

> Adopter une approche pluridisciplinaire dans la recherche sur le bien-être, notamment via une plus large intégration des travaux des chercheurs du réseau Agri bien-être animal (AgriBEA).

> Participer aux échanges organisés avec les éleveurs et leurs représentants, en inscrivant plus souvent à l’ordre du jour de ces rencontres la thématique du bien-être animal, pour encourager son appropriation et le partage des savoirs.

> Participer aux débats publics organisés dans le domaine du bien-être animal, en proposant un accompagnement institutionnel.

> Appliquer des normes de conduite, dans les unités expérimentales, qui tiennent compte du caractère d’êtres sensibles des animaux, conformément à la réglementation, et réaliser une charte du bien-être animal prenant en considération les données de la recherche, afin que l’ensemble du dispositif expérimental soit considéré comme exemplaire dans ce domaine.

> Contribuer à l’élaboration de modules de formation portant sur le bien-être animal, à destination des scientifiques, des étudiants ou des techniciens de l’élevage, ainsi qu’à la création de formations pluridisciplinaires abordant ce thème, mais aussi la relation homme-animal dans une perspective d’enrichissement des réflexions éthiques actuelles.

> Prolonger l’implication des chercheurs dans les projets européens via un partenariat actif à l’échelle européenne et internationale, notamment dans l’élaboration des normes communautaires et des règles relatives au commerce international.

 

 

 

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