Antibiotiques : l’Anses émet un nouvel avis sur le recours à la colistine en médecine vétérinaire

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Dans son nouveau rapport sur la colistine*, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) recommande de ne pas la classer cette molécule parmi les antibiotiques critiques, mais plutôt d’en réduire les usages de moitié sur une période de trois ans. Cette nouvelle analyse de risque prend en compte les récentes découvertes sur le premier mécanisme de résistance transférable à la colistine (gènes mcr-1 puis mcr-2). Même si elle reste rare (moins de 1 % en santé animale et humaine), cette résistance plasmidique inquiète.

 

antibioresistance-colistine-ansesD’après les données actuellement disponibles, la prévalence de la résistance à la colistine chez les animaux reste globalement faible au sein de l’Union européenne, tout comme en médecine humaine où la prévalence du gène mcr-1 est inférieure à 1 %. Toutefois, ce gène a d’ores et déjà été identifié dans trente pays, sur les cinq continents, chez des isolats vétérinaires et humains.

En médecine humaine, la colistine est un antibiotique peu utilisé par rapport à d’autres molécules, mais reste l’un des derniers recours pour les infections sévères dues à des entérobactéries résistantes aux carbapénèmes. En médecine vétérinaire, elle est utilisée à la fois comme traitement curatif et préventif, principalement chez de jeunes animaux. Elle est essentiellement indiquée pour traiter les infections gastro-intestinales chez les porcs, les lapins, les volailles, les bovins, les ovins et les caprins. La colistine est aussi employée chez les poules pondeuses et les ruminants producteurs de lait. En outre, la polymyxine B fait partie des substances essentielles pour le traitement des équidés et, chez les animaux de compagnie, des gouttes ophtalmiques et auriculaires à base de colistine sont également disponibles.

En France, pour l’année 2015, les plus gros usages de polypeptides (essentiellement la colistine) ont été observés dans les filières porcine (environ 50 % du tonnage total de cette famille d’antibiotiques), volailles (30 %) et bovine (10 %). Mais sur sept ans, toutes espèces confondues, une réduction de plus de 50 % du tonnage a été enregistrée pour la famille des polypeptides (66,4 tonnes en 2009 versus 30,6 tonnes en 2015). Selon l’Anses, si la colistine représente l’un des antibiotiques les plus utilisés en France, une forte baisse de ses usages dans les filières animales est constatée, surtout au cours des cinq dernières années, avec notamment en 2014-2015 chez le porc la plus faible exposition enregistrée depuis 1999.

Les données sur la résistance à la colistine dans l’Union européenne confirment l’existence d’une faible prévalence dans les filières animales. Toutefois, le mécanisme de résistance circule dans les élevages depuis plusieurs années, et à un niveau supérieur pour la filière dinde. En outre, depuis 2006, une augmentation significative de la prévalence du gène mcr-1 est observée chez le veau (jusqu’à 21 %). La présence de ce gène au sein des mêmes plasmides chez les souches isolées chez l’homme, chez l’animal et dans l’environnement fait redouter une transmission potentielle de l’animal à l’homme.

En France, après le recul des usages massifs par voie orale intervenu depuis 2010, d’autres mesures de restriction ont été prises (suppression de 12 AMM, de l’utilisation en prévention, réduction du traitement à 7 jours, harmonisation de la dose et des RCP). Comme l’efficacité de toutes ces mesures de gestion de risque adoptées récemment n’a pas encore été mesurée, il est prématuré d’en prendre d’autres en attendant, estime l’Anses. L’agence redoute surtout que de trop fortes restrictions d’usage de la colistine en médecine vétérinaire entraînent un report vers d’autres familles d’antibiotiques d’importance critique (fluoroquinolones, céphalosporines C3G-C4G) ou vers l’oxyde de zinc (préoccupant pour l’environnement).

Au final, l’Anses recommande donc :

  • de ne pas inscrire la colistine sur la liste des antibiotiques d’importance critique (AIC) ;
  • de renforcer le contrôle de la surveillance de l’usage de la colistine et de fixer un objectif de réduction de l’utilisation (Alea) de – 50 % en trois ans ;
  • de mettre en place un suivi étroit de la résistance pour détecter précocement tout signal d’alerte susceptible de modifier l’analyse bénéfice/risque de l’utilisation de la colistine en médecine vétérinaire ;
  • de réviser cet avis en fonction des découvertes scientifiques et des résultats des données de surveillance, afin de réévaluer le risque de l’usage de la colistine en médecine vétérinaire et de pouvoir la catégoriser ;
  • de poursuivre la recherche scientifique relative à la compréhension des mécanismes de résistance et de transmission de la résistance liés à la colistine ;
  • de développer des tests de diagnostic rapides et fiables pour identifier la sensibilité des germes à la colistine ;
  • de poursuivre la recherche de traitements alternatifs aux antibiotiques, notamment à la colistine, pour le traitement et ou la métaphylaxie en élevage ;
  • d’adapter la durée de traitement à l’état clinique de l’animal et de réduire sa durée au strict minimum pour atteindre l’objectif thérapeutique.

 

* Avis 2016-SA-0160 du 12 octobre 2016, https://www.anses.fr/fr/system/files/MV2016SA0160.pdf

** Avis n°2015-SA-0118 du 23 septembre 2015 sur l’évaluation du risque lié à l’usage de la colistine en médecine vétérinaire et la catégorisation de la colistine sur la liste des antibiotiques d’importance critique (AIC) en médecine vétérinaire.

 

 

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