Antibiotiques en élevage : l’efficacité et l’innocuité des traitements alternatifs disponibles sont évaluées

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Dans l’objectif de réduire l’usage des antibiotiques chez les animaux d’élevage, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a publié un état des lieux des solutions alternatives et pose la question d’un statut spécifique pour ces produits, au niveau européen, sans les assimiler à des médicaments vétérinaires. À partir d’une évaluation des publications scientifiques, son rapport d’expertise recense un grand nombre de molécules, plantes, extraits de plantes et micro-organismes utilisés dans ce domaine, tout en soulignant l’hétérogénéité des données disponibles relatives à leur innocuité, à leur efficacité, ainsi qu’à leur capacité de sélectionner des bactéries résistantes. Des études plus poussées s’imposent, dans chaque filière animale concernée, afin de lever ces incertitudes.

 

Dans le cadre de la lutte contre l’antibiorésistance, l’Anses a été chargée de recenser tous les produits actuellement utilisés comme alternatives aux antibiotiques (approches curative et préventive des maladies animales) et d’en évaluer l’efficacité et l’innocuité pour l’homme, les animaux et l’environnement, après un examen de la littérature existante. Ce recensement porte sur plus de 220 substances et préparations commerciales qui revendiquent une action, directe ou indirecte, pour limiter le recours aux antibiotiques chez les espèces de production (ruminants, volailles, porcs, lapins et poissons).

Les préparations commerciales les plus fréquemment citées contiennent en majorité des plantes, des huiles essentielles, des probiotiques, des acides organiques et/ou gras. La plupart des allégations revendiquées concernent la fonction digestive (67 % d’indications pour l’équilibre ou la restauration du microbiote digestif), quelle que soit l’espèce animale (à l’exception des poissons). Les porcs sont les premiers destinataires de ces produits (69 citations sur 150 au total, soit près de 50 %), suivis par les ruminants (moins de 20 % du total, près des deux tiers concernant les bovins, un tiers les caprins). Les volailles, aussi bien de ponte que de chair, sont en troisième position en termes de citations, suivies par les lapins. Le nombre de préparations commerciales destinées aux poissons et aux crustacés reste limité dans ce recensement. Notons que les chevaux ont été inclus dans le travail d’analyse pour la rhodococcose du poulain (plasmas hyperimmuns prometteurs) et les diarrhées du cheval adulte, face à l’importance du recours aux antibiotiques pour traiter ces maladies.

L’évaluation de l’efficacité et de l’innocuité de tous ces produits a été réalisée sur la base de la bibliographie scientifique disponible, via une évaluation des publications scientifiques. L’hétérogénéité et la variabilité des données récoltées ont constitué la limite de cette méthode d’évaluation, qui peut toutefois être utilisée ultérieurement par les interprofessions pour évaluer de nouveaux travaux scientifiques à venir, ou des recherches à paraître. L’un des risques relatifs à l’utilisation de ces produits concerne leur capacité (ou non) à promouvoir la résistance aux antibiotiques. Pour le moment, cet aspect reste peu étudié, mais le risque n’est pas nul, notamment pour les acides organiques (utilisés comme biocides), les probiotiques ou les bactériophages.

 

Selon l’Anses, « il conviendrait de mettre en place une surveillance postautorisation et d’être en mesure d’assurer une surveillance de la résistance des flores environnementales ».

 

Dans ses conclusions, l’Anses recommande aussi d’engager une réflexion pour définir, dans chaque filière animale concernée, les classes d’alternatives prioritaires qui nécessitent des études approfondies, notamment épidémiologiques, afin de lever les doutes sur leur efficacité et leur innocuité, au moyen de méthodes appropriées. Aujourd’hui, les différentes familles de produits existantes semblent montrer des effets plus faibles que ceux des antibiotiques. Un défi pour la recherche expérimentale qui, pour asseoir ses démonstrations sur des bases scientifiques solides, va devoir adapter ses protocoles à la mise en évidence “d’effets de faible intensité”.

En outre, en amont des travaux et des expérimentations, le rapport souligne l’importance de déterminer le statut juridique de ces produits, car il permettra de définir les études nécessaires, ainsi que les conditions de leur réalisation, préalablement à leur mise sur le marché et à leur utilisation. Une réflexion qui doit s’inscrire dans un contexte européen, compte tenu de l’origine des dispositifs réglementaires régissant à la fois l’alimentation animale et le médicament vétérinaire. L’Anses recommande ainsi de porter la question du statut juridique de ces substances à l’échelle européenne, dans le cadre du plan de lutte contre la résistance aux antibiotiques, « afin que soient étudiées la pertinence et la faisabilité de créer un statut spécifique pour les produits induisant la réduction de l’usage des antibiotiques sans les considérer comme des médicaments vétérinaires ».

 

 

 

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