Antibiorésistance : l’ONU lance une alerte mondiale pour préserver l’efficacité des antibiotiques

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À l’horizon 2050, l’antibiorésistance pourrait faire davantage de victimes dans le monde que le cancer et coûter jusqu’à 90 000 milliards d’euros en pertes de production. C’est en tout cas ce que redoute l’Organisation des Nations unies (ONU), réunie en assemblée générale le 21 septembre à New York. Pour la quatrième fois de son histoire, l’ONU s’est saisie d’un thème de santé publique pour le mettre à l’ordre du jour de ses débats. Il faut dire que la propagation de bactéries résistantes aux antibiotiques est devenue une menace planétaire, combattue en parallèle par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). L’adoption d’une réponse commune et concertée face à ce « tsunami au ralenti » doit engager la communauté internationale dans son ensemble, et de toute urgence.

 

antimicrobien-antibioresistanceAprès le sida, les maladies non transmissibles et le virus Ebola, c’est au tour de l’antibiorésistance d’être discutée en marge de l’assemblée générale de l’ONU. Qualifiée de « menace fondamentale à long terme pour la santé humaine, la production alimentaire et le développement durable », le phénomène touche actuellement toutes les régions du monde et l’ensemble des médicaments antimicrobiens : les antibiotiques, les antiviraux, les antiparasitaires et les antifongiques.

Devant la 71e assemblée de l’ONU, le secrétaire général Ban Ki-moon a souligné l’urgence d’agir et cité quelques exemples parlants : plus de 200 000 enfants meurent tous les ans d’infections résistantes aux antibiotiques, une épidémie de typhoïde multirésistante transmise par l’eau touche plusieurs régions d’Afrique, les résistances aux traitements contre le paludisme ou contre le sida se développent, des formes de tuberculose résistante à la plupart des antituberculeux ont été identifiées dans une centaine de pays, etc. « Il est possible de réduire la résistance aux antimicrobiens, a-t-il conclu, mais cela ne sera pas facile et exigera un engagement à long terme » de tous les États, afin de s’attaquer aux causes fondamentales de l’antibiorésistance dans les domaines de la santé humaine, de la santé animale et de l’agriculture.

« Le monde s’achemine vers une ère postantibiotiques où des infections courantes et des blessures mineures qui sont soignées depuis des décennies pourraient de nouveau tuer », s’inquiète de son côté l’OMS. Selon elle, au moins la moitié de la production d’antibiotiques est destinée aux animaux et cette consommation vétérinaire devrait augmenter de 66 % d’ici à 2030, d’après les prévisions américaines.

Pour la première fois, les États membres de l’ONU se sont engagés à élaborer des plans nationaux reposant sur le Plan d’action mondial pour lutter contre la résistance aux antimicrobiens élaboré par l’OMS en 2015, en collaboration avec l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE). Leur objectif sera de mettre un terme aux usages inappropriés et à la surconsommation de ces médicaments, tant chez l’homme que chez l’animal.

Les dirigeants présents ont en outre pointé du doigt les failles des systèmes de surveillance de l’antibiorésistance et les mauvaises pratiques de prescription et de consommation en médecine humaine et vétérinaire, mais aussi en agriculture. Les plans nationaux auront donc pour objet de renforcer les dispositifs de surveillance, tout en contrôlant davantage les usages. Mais vigilance et restrictions de prescription ne suffiront pas à régler le problème. Les pays se sont donc engagés à instaurer de nouvelles incitations pour financer et accélérer la recherche et le développement de nouveaux médicaments, de tests de diagnostic rapides et d’autres thérapies ou molécules innovantes destinées à remplacer celles qui ont perdu du terrain ou mènent à des impasses thérapeutiques. Pour prévenir les infections et réduire le recours aux antibiotiques, l’importance de la vaccination, de l’eau potable, de l’assainissement et de l’hygiène au sein des hôpitaux et dans le secteur de l’élevage a également été soulignée.

Après les déclarations d’intention et de volonté politique, Margaret Chan, directrice générale de l’OMS, rappelle l’urgence de la riposte mondiale : « Les engagements pris doivent être concrétisés en actions rapides, efficaces et capables de sauver des vies dans les secteurs de la santé humaine, animale et environnementale, car le temps presse ». Les chefs d’État devront présenter un premier bilan de leurs actions en septembre 2018, dans le cadre de la prochaine assemblée générale de l’ONU.

 

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