Antibiorésistance : les infections à Sarm chez les chevaux sont en augmentation en France

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La prévalence des infections à Staphylococcus aureus résistant à la méticilline (Sarm) chez les chevaux a significativement augmenté entre 2007 et 2013, selon une étude* épidémiologique menée en France durant cette période. L’incidence et la distribution des cas à l’échelle nationale sont principalement le résultat d’une colonisation des chevaux par les souches bactériennes ST398 et ST8. Les auteurs soulignent l’implication du cheval en tant que réservoir potentiel d’importants gènes de résistance aux antibiotiques. Cette espèce animale est également à l’origine d’infections humaines.

 

S.aureus résistant à la méticilline est responsable d’une grande variété d’infections chez de nombreux animaux de rente et de compagnie, dont les chevaux. Cependant, les études consacrées spécifiquement au cheval sont peu nombreuses. Face au manque de données épidémiologiques, surtout en France, François Guérin et son équipe ont entrepris de déterminer la prévalence des infections équines au Sarm à partir d’échantillons prélevés entre 2007 et 2013, dans toute la France, puis de caractériser le profil phénotypique et génotypique des souches équines isolées.

De 2007 à 2013, le laboratoire vétérinaire de Normandie (Labéo) a analysé 226 878 échantillons cliniques provenant de chevaux issus de toutes les régions françaises, recueillant 17 651 isolats bactériens différents. Staphylococcus aureus est la troisième espèce bactérienne la plus fréquemment identifiée (dans 1 393 des isolats, soit 7,9 %), derrière le streptocoque du groupe C (4 510 isolats, 25,6 %) et Escherichia coli (3 481 isolats, 19,7 %).

Sur les 1 393 isolats équins positifs pour S. aureus, 85 (soit 6,1 %) ont été identifiés comme résistants à la méticilline. Ces 85 isolats de Sarm provenaient de différentes sources : infections cutanées et des tissus mous (39 souches), infection du tractus génital (20), infection des voies respiratoires (8), infections osseuses et articulaires (8), autres infections (10). Ils ont été collectés au sein de 56 haras situés dans 24 départements français différents (1 à 24 souches par département), principalement dans le nord-ouest de la France.

La résistance à la méticilline a été associée à la présence du gène mecA dans 84 isolats (98,8 %), alors que le gène mecC a été détecté dans une seule souche isolée en 2012 (1,2 %). La quasi-totalité des isolats (83 sur 85) ont montré des résistances à au moins trois classes d’antibiotiques différentes. La plupart (97,6 %) présentaient un profil de résistance à trois et jusqu’à huit catégories d’antimicrobiens. Au final, 24 profils phénotypiques et génotypiques de résistance aux antibiotiques ont été distingués.

Par ailleurs, les auteurs soulignent que la prévalence des infections à Sarm chez les chevaux a augmenté de façon significative dans l’Hexagone entre la période 2007-2009 (0,7 %) et la période 2010-2013 (9,5 %). Avant 2011, elle est restée faible, aux alentours de 2 %.

Le séquençage a en outre révélé que l’augmentation intervenue entre 2007 et 2013 résulte essentiellement de la propagation de deux souches de Sarm. Ainsi, la majorité des isolats de Sarm appartenaient aux types de séquence ST398 (53 isolats sur 85, tous détectés en 2010-2013, soit 62,4 %) et ST8 (28 sur 85, souche prédominante avant 2011, 32,9 %). Bien que les chevaux porteurs soient répartis dans des haras géographiquement distants, ces résultats suggèrent une diffusion nationale des souches ST8 et ST398. 52 des 53 souches ST398 (98,1 %) isolées étaient multirésistantes (au minimum à trois classes d’antibiotiques).

Bien que la souche émergente ST398 soit plutôt associée aux animaux de rente, des cas ont été signalés en Europe chez des chevaux hospitalisés en clinique vétérinaire, colonisant également le personnel soignant. Ainsi, plusieurs cas sporadiques d’infection humaine sont attribués à une source équine. Récemment, les Pays-Bas ont rapporté une suspicion de transmission de Sarm ST398 d’un cheval à une enfant, ayant entraîné une infection des pieds.

Parmi les autres souches, ST612 a été observée chez des chevaux en Australie où elle affecte particulièrement les vétérinaires équins, tandis que ST5, décrite chez les animaux de compagnie, les porcs et les volailles, a infecté des chevaux au Japon.

Au final, l’étude souligne le rôle majeur du cheval comme réservoir potentiel d’importants gènes de résistance aux antimicrobiens. La transmission possible de Sarm à l’homme via les hôtes animaux suscite des inquiétudes. Des mesures d’hygiène renforcées et une utilisation raisonnée des antibiotiques sont préconisées afin de limiter la transmission de S. aureus entre équidés, ainsi qu’entre le cheval et l’homme.

 

* François Guérin et coll. Nationwide molecular epidemiology of methicillin-resistant Staphylococcus aureus responsible for horse infections in France, BMC Microbiology 2017, https://bmcmicrobiol.biomedcentral.com/articles/10.1186/s12866-016-0924-z

 

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