Animaux de compagnie : de nouvelles lignes directrices pour encadrer les soins de fin de vie

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Face à la mort annoncée d’un animal familier, chacun réagit différemment selon son vécu, ses croyances, sa sensibilité. Pour trouver la solution adaptée à chaque cas particulier, l’American Animal Hospital Association (AAHA) et l’International Association for Animal Hospice and Palliative Care (IAAHPC) viennent de publier des recommandations* sur les soins palliatifs terminaux pour les chiens, les chats, mais aussi les nouveaux animaux de compagnie. Ces lignes directrices fournissent aux vétérinaires le cadre et les outils nécessaires pour élaborer un plan de fin de vie détaillé et collaboratif, et pour mieux reconnaître les besoins des animaux, des clients et des membres de l’équipe soignante lors de cette phase critique du contrat de soins.

 

Les lignes directrices AAHA/IAAHPC compilent les informations les plus récentes sur la fin de vie pour aider l’équipe vétérinaire à affronter cette étape difficile et à améliorer la qualité de vie des animaux arrivés au terme de leur existence. Le rôle de tous les membres du personnel soignant est détaillé pour qu’ensemble ils puissent offrir les meilleurs traitements palliatifs et un soutien optimal afin de préserver le lien homme-animal. Pour de nombreux propriétaires d’animaux de compagnie, les soins de fin de vie et le processus décisionnel associé, qui marquent la dernière étape de la vie de leur animal, sont aussi importants et significatifs que tout le parcours de soins antérieur, estiment les deux associations américaines.

fin-de-vie-soins-palliatifs-chienEn pratique, selon les lignes directrices proposées, il faut savoir que :

  • les soins en phase terminale et le processus de décision qui mène à choisir entre euthanasie et mort naturelle sont médicalement, émotionnellement et éthiquement éprouvants pour toutes les personnes impliquées ;
  • des études montrent que 30 % des propriétaires d’animaux éprouvent un immense chagrin à la suite de la perte d’un animal de compagnie, et que 50 % d’entre eux remettront en question leur décision après l’euthanasie ;
  • les membres de l’équipe vétérinaire sont confrontés à un risque accru d’épuisement de la compassion lorsqu’ils traitent des animaux proches de leur fin de vie. Avec les propriétaires, ils sont plongés dans un contexte de souffrance émotionnelle et physique intense, souvent sur une longue période, sans bénéficier d’un soutien de groupe suffisant.

 

Le vétérinaire est en effet régulièrement confronté, dans sa pratique, à la mort des animaux qu’il soigne. Les soins de fin de vie font partie intégrante du parcours thérapeutique et du contrat de soins. Ils visent à maximiser le confort de l’animal et à minimiser ses souffrances tout en offrant un soutien au propriétaire qui participe au traitement, via une communication fondée sur l’empathie et l’absence de jugement. Face à une longue agonie sans rémission possible, il est essentiel de développer un plan thérapeutique en collaboration avec le maître et d’envisager avec lui l’option de l’euthanasie, afin de tout mettre en œuvre pour soulager l’inconfort de l’un et la détresse de l’autre jusqu’à l’issue fatale. En outre, la façon dont l’équipe de soins répond à la douleur d’un propriétaire après la perte de son animal constitue un facteur clé de fidélisation du client.

Ainsi, les objectifs de ces lignes directrices sont multiples :

  • sensibiliser les praticiens et leurs équipes à la portée et à l’importance des soins palliatifs ;
  • fournir les bases d’une communication empathique sur la fin de vie pour aider les membres de l’équipe à aborder courageusement le sujet avec les propriétaires concernés ;
  • définir et clarifier ce que sont les soins palliatifs ;
    fournir un cadre pour l’élaboration d’un plan de traitement collaboratif avec les propriétaires d’animaux en fin de vie ;
  • souligner l’importance de reconnaître le deuil par anticipation chez le maître et de fournir un soutien émotionnel lors de la perte de son animal ;
  • souligner l’importance d’une approche clinique globale et du rôle d’une équipe de soutien dédiée à la fin de vie ;
  • discuter des considérations relatives à l’euthanasie versus la mort naturelle et les soins palliatifs ;
  • encourager les vétérinaires à référer les cas lorsqu’ils ne peuvent pas fournir eux-mêmes des soins palliatifs adéquats.

 

fin-de-vie-euthanasie-chatAinsi, les recommandations abordent les soins palliatifs ou de longue durée chez l’animal versus chez l’homme, leur importance pour l’animal, le propriétaire et le vétérinaire, les rôles et responsabilités de l’équipe soignante, l’identification des candidats et l’élaboration d’un plan thérapeutique personnalisé, sa mise en œuvre jusqu’à l’échéance, la gestion efficace de cette phase terminale, etc. Une approche intégrée des traitements est proposée, via une pyramide des soins. Comme en médecine humaine, l’état de santé physique, social et émotionnel des patients du vétérinaire est étroitement lié.

Les soins palliatifs vétérinaires peuvent ainsi être segmentés en trois paliers complémentaires. À chaque niveau, les questions importantes doivent être abordées et traitées pour assurer des soins de fin de vie dignes et une qualité de vie satisfaisante. La base de la pyramide se compose des soins physiques (gestion de la douleur, des signes cliniques, de l’hygiène, de la nutrition, de la mobilité, etc.) prodigués par le vétérinaire. L’échelon intermédiaire se préoccupe du bien-être social de l’animal, centré sur les interactions avec d’autres animaux et avec l’homme. Le sommet de la pyramide se concentre sur le bien-être émotionnel de l’animal (préservation de la dignité, maintien de la volonté de vivre, réduction du stress), qui inclue la satisfaction de ses besoins individuels et la vigilance de l’entourage.

Lorsque l’équipe vétérinaire, en collaboration avec le propriétaire, parvient à répondre avec succès aux besoins physiques, sociaux et émotionnels de l’animal, qui correspondent aux trois aspects nécessaires à son bien-être, ces bonnes pratiques permettent de lui offrir un confort de vie maximal et de réduire ses souffrances en phase terminale. Tel est, au bout du compte, l’objectif à viser pour chaque animal en fin de vie. Dans les dernières heures, la gestion de la douleur devient une priorité. Au final, naviguer entre les réalités médicales et éthiques complexes et les émotions humaines intenses constitue l’un des plus grands défis des soins vétérinaires de fin de vie, et un thème central de ces lignes directrices. Une décision d’euthanasie “satisfaisante” dépend alors fortement de la communication ouverte, honnête et empathique avec le propriétaire de l’animal.

 

* https://www.aaha.org/professional/resources/end_of_life_care_guidelines.aspx

 

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