Alimentation animale : feu vert pour les farines d’insectes en aquaculture

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Depuis le 1er juillet, les protéines d’insectes peuvent être utilisées dans l’alimentation des poissons d’élevage en Europe. Une dizaine de jeunes entreprises françaises se sont d’ores et déjà lancées dans l’entomoculture, une nouvelle filière prometteuse qui voit éclore nombre de start-up. Après les poissons, leur objectif est de nourrir également les porcs et les volailles avec ces farines d’insectes, d’ici à 2020, et à plus long terme de produire pour les secteurs de la chimie verte et de l’alimentation humaine. Le marché européen de l’alimentation animale, qui consomme plus d’un million de tonnes de farines de poissons par an, leur est désormais ouvert.

 

Depuis le 1er juillet 2017, l’Union européenne autorise de nourrir les poissons d’élevage avec des protéines animales issues de certains insectes. Ainsi, saumons, truites ou encore tilapias peuvent désormais être nourris avec des farines d’insectes à base de sept espèces : la mouche soldat noire (Hermetia illucens), la mouche domestique (Musca domestica), le ténébrion meunier (Tenebrio molitor), le petit ténébrion mat (Alphitobius diaperinus), le grillon domestique (Acheta domesticus), le grillon domestique tropical (Gryllodes sigillatus) et le grillon des steppes (Gryllus assimilis). Chaque année en France, le secteur de l’aquaculture consomme près de 52 000 tonnes d’aliments composés, entre autres, de protéines.

Les insectes élevés pour la production de protéines animales transformées sont considérés comme des animaux d’élevage, et par conséquent sont soumis aux règles relatives à l’alimentation animale. Ainsi, l’utilisation de protéines issues de ruminants, de déchets de cuisine et de table, de farines de viande et d’os, de lisier est interdite dans leur nourriture. En outre, ils doivent être transformés dans des usines exclusivement réservées à cette production.

L’International Platform of Insects for Food and Feed (Ipiff), qui fédère les producteurs du secteur, se félicite du feu vert de Bruxelles, qui constitue une étape importante vers le développement du marché européen et mondial de la production d’insectes comme source de protéines pour l’alimentation des animaux, mais aussi à terme pour la consommation humaine.

 

 

En France, la société Ynsect, lancée en 2011 par Antoine Hubert, fait la course en tête. En cinq ans, l’entreprise qui produit notamment une farine d’insectes protéinée et dégraissée conçue à partir de larves de vers de farine, a levé quelque 35 millions d’euros et s’apprête à transformer son site pilote, situé dans le Jura, en une usine d’élevage et de transformation à grande échelle. Elle vise désormais une production d’environ 20 000 tonnes de protéines d’insectes par an pour les besoins de l’alimentation des animaux domestiques et d’élevage, en alternative aux farines de poissons.

 

 

À côté de l’élevage industriel d’Ynsect, NextAlim déploie de petites unités implantées sur tout le territoire et mise sur l’élevage de la mouche soldat noire, connue pour ses vertus en biotransformation de matière organique. Entomo Farm a choisi de s’organiser en coopérative, en proposant à des agriculteurs de dédier leurs bâtiments inutilisés à l’élevage de vers afin d’alimenter en larves une unité de transformation basée à Libourne. Son objectif est de produire 400 tonnes de farines d’insectes dès l’an prochain.

 

 

De son côté, Mutatec a fait le pari de la bioconversion et tente, depuis janvier 2015, de valoriser les déchets de la biomasse (résidus agricoles et agro-alimentaires) pour transformer 300 kg par semaine de larves de mouche en matière première pour l’alimentation animale. L’objectif est d’augmenter les capacités de production pour atteindre, à terme, 1 000 tonnes de larves par an. Pour Christophe Trespeuch, vétérinaire et l’un des quatre associés de la start-up installée près de Châteaurenard (Vaucluse), les insectes sont une source de nourriture saine et durable, la plus proche du régime alimentaire naturel. Leur autorisation en aquaculture représente un débouché commercial majeur pour Mutatec, qui cherche à lever entre 2,5 et 4 millions d’euros cette année, pour un chiffre d’affaires visé de 4 millions d’ici à 2021. Ces fonds serviront notamment à créer une ferme pilote automatisée dans la région d’Avignon, dédiée à l’élevage et à la transformation des larves en concentré protéique.

 

 

Pour le moment, toutes les jeunes sociétés de la filière, bien qu’innovantes et ambitieuses, ne peuvent produire en quantité suffisante pour fournir les coopératives d’alimentation animale, qui cherchent encore à évaluer les qualités nutritionnelles de cette nouvelle matière première. L’arrivée des protéines d’insectes, même produites en France (gage de qualité et de traçabilité), bouscule un marché dominé par les céréales, le soja et les farines de poissons (provenant à 80 % de l’étranger). Toutefois, malgré les incertitudes, la filière de l’entomoculture croit en sa réussite à venir : au total, selon l’Ipiff, elle a d’ores et déjà investi quelque 100 millions d’euros.

 

 

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